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Dargaud (2016) Bonhomme

 Par Dany Rousseau :

Il était attendu impatiemment ce printemps, parfois avec une brique et un fanal, parfois avec la foi du croyant qui espère le Messie. Que vous soyez dans un camp ou dans l’autre, personne n’a été indifférent à cet album hors série du cow-boy solitaire réalisé par le bédéiste Mathieu Bonhomme. Lucky Luke ayant 70 printemps cette année, Bonhomme a décidé de se réapproprier le héros de Morris et de risquer une réinterprétation du personnage culte. Dans L’homme qui tua Lucky Luke (Dargaud), le bédéiste a choisi de plonger dans l’univers classique du western hollywoodien. Le titre évoque déjà la super production de 1962 L’homme qui tua Liberty Valance réalisé par John Ford. Même si le cow-boy qui entre par une nuit pluvieuse dans la petite ville de Froggy Town est reconnaissable au premier coup d’œil, nous lui trouvons des airs de famille indéniables avec John Wayne.

Une fois accoudé au bar de ce bled aux airs sinistres, peuplés de mineurs au regard inquiet, Lucky Luke comprend vite que Froggy Town est mené d’une main de fer par les trois frères Bone. Même si James porte l’étoile de shérif, c’est Steeve et Anton qui font respecter la loi… LEUR loi!

Une fois que les villageois reconnaissent le légendaire Lucky Luke dont les exploits sont racontés partout dans l’Ouest, un comité est mandaté pour lui demander d’enquêter sur le vol de la diligence de Sylver Canyon qui transportait l’or des mineurs de la ville. Les frères Bone, n’ayant pas voulu pousser les recherches du voleur présumé hors des limites de leur juridiction, verront d’un mauvais œil l’intervention de ce mercenaire un peu trop curieux.

Récit aux ambiances plus sombre que dans le Lucky Luke classique de Morris et Goscinny, la version de Bonhomme laisse quand même place à l’humour. L’incapacité pour Lucky Luke de réussir à fumer une simple cigarette du début à la fin de l’histoire permet une foule de situations loufoques qui frustrent à chaque fois le héros. Les clins d’oeil aux autres albums et aux classiques du genre cinématographique font sourire. Je dirais qu’à un certain point de ma lecture, j’étais très emballé par cet album. Malheureusement, la conclusion est un peu décevante. Avec un titre comme L’homme qui tua Lucky Luke, il est essentiel que notre sortie de scène soit impeccable. Par contre, je vous rassure, cette appréciation mitigée n’est que toute personnelle. Même si je n’ai pas aimé la finale de l’auteur, son intrigue se tient. Cet album reste un incontournable pour tout fan du personnage. Je soulignerai aussi les dessins et la couleur, qui sans s’éloigner tellement de l’univers de Morris, ne cachent pas la patte agréable de Bonhomme. Je saluerai bien bas ce dernier, car il avait tous les éléments en mains pour se « péter la gueule ». Avec talent, il a évité les nombreux pièges et on peut qualifier son exercice d’heureuse réussite.

8/10

L’homme qui tua Lucky Luke

Auteur : Matthieu Bonhomme

Éditeur : Dargaud (2016)

64 pages

 

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Casterman (2016) Thompson

Un nouveau Craig Thompson est toujours un évènement sur la planète bédé. Après les succès de Blancket, Un américain en balade et Habibi tous publiés chez Casterman, le bédéiste américain spécialiste des récits-fleuves nous présente Space Boulette (Casterman) destiné pour une première fois à un public jeunesse. Récit de science-fiction, Space Boulette nous plonge dans un univers où les humains et différentes espèces extraterrestres loufoques cohabitent dans un système composé de plusieurs stations spatiales.

Au cœur de la zone des Roïdes vit une petite humaine nommée Violette qui habite avec sa famille dans une roulotte d’un parc de « maisons mobiles » spatiales. (Nommé « Trailer Park » dans la traduction française vu que cette réalité n’existe pas en Europe. Toutefois, cette expression trouve son équivalent en français au Québec. Les traducteurs français ne pensent jamais à jeter un coup d’œil du côté des cousins d’outre-Atlantique où ces concepts de la culture américaine existent et sont déjà traduits depuis des décennies. Fermons la parenthèse éditoriale). Le père de Violette, Grenache, est bûcheron et sa mère Céraléane est styliste dans une usine textile. Tout va pour le mieux pour cette petite famille qui vit modestement, mais qui s’aime plus que tout. Toutefois, tout se détraque lorsque l’école de Violette est détruite un jour par un troupeau de baleines spatiales qui rôdent et cause des dégâts dans la région. Comme si ce n’était pas assez, la vie se compliquera encore davantage lorsque Grenache est affecté par son patron sur une mission spéciale et disparait. Violette, faisant fit des interdictions de sa mère, partira à la recherche de son père pour ainsi sauver sa famille. Elle s’adjoindra pour réussir sa quête deux fidèles amis : Elliot le poussin érudit et anxieux et Zacché, un Lumpkins débrouillard et combattif

Space Boulette nous ramène à des thèmes chers à Thompson soit la famille, l’amitié, les inégalités sociales et l’écologie. Récit enlevant et accrocheur, les aventures de l’attachante Violette m’ont procuré un bon moment de lecture même si je ne suis pas adepte de récit jeunesse. Je me suis esclaffé quelques fois devant l’humour à plusieurs niveaux de Thompson. La diarrhée de baleine qui paralyse tout le système a bien fait rire autant une petite fille de neuf ici que son papa critique de BD. Le dessin et la couleur, ce qui est rare chez l’auteur de Blancket, donnent le goût de feuilleter l’album, relire les passages amusants et pourquoi pas, de l’offrir à un enfant qui vous est proche.

8.5/10

Space Boulet

Auteur : Craig Thompson

Éditeur : Casterman (2016)

310 pages

 

 

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