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source : Ce qu’il faut de terre à l’homme, éd. Dargaud, 2016.

par Mathieu T

Dans un village au fin fond de la Russie, Pacôme cultive sa terre avec son fils et sa femme. Sans lésiner l’ardeur au travail, il fournit tout ce qu’il faut à sa famille pour subvenir à leurs besoins. Mais Pacôme, au contact de son beau-frère, commence à se poser des questions. « Pourquoi travailler si fort pour si peu ? Pourquoi ne pas avoir davantage de terre ? Et que font les nobles dans tout ça ? ». C’est le début d’un long questionnement philosophique qui le mènera au bout du monde.

Dès la première scène, le ton est donné. Deux sœurs, dont la femme de Pacôme, discutent autour de la table. L’une vante sa riche tenue et sa vie de luxe de femme de la ville, l’autre l’invariable et rassurante présence du pain et du beurre sur la table. Au même moment sur le chemin, Pacôme discute avec son beau-frère quand il est interrompu par la Duchesse et son fils, propriétaire de la majorité des terres environnantes. L’homme, du haut de sa calèche cossue, somme Pacôme de dire aux autres villageois qu’il va nommer un nouvel intendant impitoyable. La porte vient de s’ouvrir à la grogne.

Conte philosophique, leçon de vie sur la cupidité des hommes, fable drôle, absurde et réaliste en même temps, Ce qu’il faut de terre à l’homme me fait penser à ces histoires de jeunesse que ma mère me lisait pleines de personnages truculents qui subissent les foudres de la bonne morale. Ici, sur un ton plus adulte, l’auteur traite aussi de proto-communisme, de religion, de servage et d’argent, maudit argent, nerf de la guerre et sujet parfait pour un conte éthique. Pacôme est un homme formidablement obtus et naïf et le lecteur le suit dans ses tribulations, à la fois amusé et déchiré par l’envie de lui foutre des claques. Une histoire passionnante.

Double bémol toutefois. Le livre étant divisé en chapitres au léger saut dans le temps, une impression de récit décousu s’immisce en nous, comme s’il manquait des pages pour établir certains liens. De plus, la finale, abrupte, nous laisse grandement sur la faim et semble forcée.

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source : Ce qu’il faut de terre à l’homme, éd. Dargaud, 2016.

Le dessin, génial, vaut le détour. Il donne l’impression de venir d’une autre époque, formidable mélange d’Hergé, Jacob, Martin et Uderzo. Les phylactères, aux lettres cursives, sont lourds et plein, accentuant le classicisme de l’ensemble. Inutile de vous dire que j’ai adoré le visuel du bouquin. D’ailleurs, la page couverture, au titre gravé comme la marque indélébile du destin, montre toute la puissance du propos : un homme traverse un long champ de blé en courant : coure t-il vers la sortie ou au contraire, vers une inutile quête ?

Malgré les petits accrocs, une lecture édifiante sur la condition humaine.

8,5/10 

Ce qu’il faut de terre à l’homme

Auteur : Martin Veyron (inspiré d’une nouvelle de Léon Tolstoï)

Éditeur : Dargaud (2016)

144 pages

 

 

 

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