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source : L’odeur des garçons affamés, éd. Casterman, 2016.

par Mathieu T

Commençons d’abord notre critique par un commentaire sur ce délicieux titre L’odeur des garçons affamés. Qu’évoque t-il précisément ? Avez-vous remarqué qu’il fait référence à deux de nos sens (l’odorat et le goût) ? Et pourquoi les garçons et non les hommes ? Une chose est certaine, il est éminemment sensuel.

L’histoire débute après la guerre de sécession aux États-Unis. Le pays enterre ses morts et un vent de renouveau souffle partout. Un étrange trio parcourt le Texas afin d’y recenser l’état des lieux géologiques et prendre le poûls de la population amérindienne. Il est composé de Milton, 17 ans, blondinet garçon à tout faire ; Oscar, le photographe newyorkais bien sapé et m. Stingley, le géographe moustachu, chef de la troupe. Leur chemin sera long et parsemé d’embûches et de détours, mais pas ceux auxquels ils s’attendaient au départ. L’aventure dans le grand Ouest leur fera découvrir qui ils sont vraiment.

Une bande dessinée de Frederick Peeters n’est jamais banale. Il a le don d’attaquer des thèmes archi-usés (les westerns ou la science-fiction par exemple) avec une approche originale et unique. Même s’il n’est pas au scénario, L’odeur des garçons affamés ne déroge pas de cette ligne de pensée. Dès la troisième planche, le ton est donnée et les cartes sont sur la table : le géologue qui en sait un peu trop, le photographe au passé louche, le curieux garçon d’écurie. Comme chez Sfar, plus le lecteur avance dans le récit, plus les personnages discutent, plus ils s’épaississent moralement. Par exemple, ici, la question du nouveau monde est constamment soulevée. Ce développement lent ajoute à la sensualité qui se dégage du rapport entre les personnages et une touche, disons, surréaliste, vient pimenter cette expérience de lecture hors norme et réjouissante.

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source : L’odeur des garçons affamés, éd. Casterman, 2016.

Toutefois, comme un orgasme raté après un langoureux préambule, la finale est décevante. Pire, elle détonne avec le reste de l’album. Confuse, obscure, incohérente, le lecteur décroche. Alors que l’élément magique aurait dû nous amener vers une éblouissante catharsis, nous tombons brutalement au sol, aplatis par le brouillamini des dernières pages.

En contrepartie, Peeters aux pinceaux a effectué un formidable travail. La lumière et la couleur des paysages sont fantastiques et la sexualité des personnages est omniprésente dans les cases. Plusieurs scènes, dont celle avec des cheveux, sont dans les plus belles qu’il ait dessinées.

Mais il n’est pas toujours bon de s’élever trop haut. La chute est pénible.

6/10

L’odeur des garçons affamés

Auteurs : Loo Hui Phang (scénario) Frederik Peeters (dessins)

Éditeur : Casterman (2016)

108 pages

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