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source : Fin de la parenthèse. Éd. Rue de Sèvres, 2016.

J’ai déjà écrit que Sfar est l’un des artistes les plus stimulants du monde de la bande dessinée. Un peu comme mon ami Phil qui aime haïr les disques de Radiohead, les propositions de Sfar, plus souvent qu’autrement, me choquent et me découragent. Sfar est un artiste qui dérange, autant par ses propos que ses dessins. Mais parfois aussi, comme une conjonction céleste où les astres s’alignent parfaitement, Sfar pond une œuvre en extraordinaire fusion avec mon esprit, comme si je voyais sur papier ce que j’avais en tête. À ce moment, c’est l’olympe.

L’histoire est toute simple dans sa folie. La civilisation occidentale ventrue s’écroule, engloutie dans une rhétorique malsaine d’ouverture et de fermeture, droite et gauche s’entredéchirant pour prendre la tête des bien-pensants. La solution ? Réveiller Dali, le décryogéniser, afin qu’il nous pave une nouvelle voix mystico-cryptique à suivre et nous ouvrir les yeux sur l’horreur du quotidien. Pour se faire, le peintre Seaberstein s’enferme avec quatre jeunes femmes dans un hôtel particulier de Paris afin de recréer en scène vivante, les grands tableaux du maître et de réveiller celui-ci par une sorte d’épiphénomène spirituel.

Je vous le dis tout-de-suite, la Fin de la parenthèse est un album majeur de Sfar, l’un de ceux que j’ai adoré et qui reviendra plusieurs fois sur ma table de lecture. Déjà, un titre chargé, lourd de considération, ouvert sur un monde d’interprétation. Quelle est cette parenthèse au juste ? L’Occident boursouflé ? L’Orient éclaté ? L’homme ? La femme ? À travers le personnage principal et ses quatre muses, Sfar tentera d’exposer une vision du monde à la fois réaliste et magique et un rapport aux arts complexe, contradictoire mais surtout libérateur. Pendant que nous assistons au délire physique et mental des cinq acteurs, pendant que les fous de Dieu attaquent le Bataclan, Sfar s’amuse sérieusement à déconstruire notre civilisation pour mieux tenter d’en créer une en accord avec les principes daltoniens et développer une ontologie qui nous rappelle les idées fortes de Wajdi Mouawad.

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source : Fin de la parenthèse. Éd. Rue de Sèvres, 2016.

Sur le plan visuel, la Fin de la parenthèse est aussi une réussite. Les femmes nues qui se transforment sous nos yeux en élégies, le mouvement des objets, les ondulations des corps, les scènes oniriques et tripatives, tout respire la puissance de la vie et le pouvoir du créateur, une force que je n’avais pas retrouvée depuis les premiers Chat du rabbin. Du grand art.

Et peut-être effectivement qu’après que nous ayons tous lu cet album, Dali viendra nous botter les fesses à coup d’homards mous.

9/10

Fin de la parenthèse

Auteur : Joann Sfar

Éditeur : Rue de Sèvres (2016)

112 pages

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