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Par Dany Rousseau :

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Daniel Meghen éditions (2016) Prugne

Féru d’histoire du Québec, possédant une maîtrise dans cette discipline et l’ayant enseigné, je peux vous affirmer que lorsque se pointe un « Français de France » qui raconte une page de notre histoire nationale, je l’attends avec une brique et un fanal. J’entrevois toujours le cousin d’outre-Atlantique nous raconter notre propre histoire en enfilant les clichés et les inexactitudes d’une manière gênante et qui parle tellement que vous ne pouvez placer un mot pour lui rappeler son ignorance crasse (fait vécu).

Voilà donc dans quel joyeux état d’esprit j’étais lorsque j’ai débuté la lecture d’Iroquois (Daniel Maghen édition) de Patrick Prugne. Heureusement, les sublimes dessins à l’aquarelle m’ont calmé. L’auteur enchante notre œil avec des paysages et des portraits naturalistes à couper le souffle. Une fois le cadre graphique apprivoisé, il faut vérifier si le scénario est à la hauteur de l’emballage. Heureusement, dès l’avant-propos, nous devons avouer que l’auteur sait de quoi il parle. Iroquois raconte la campagne militaire que Champlain mena jusqu’au lac qui portera son nom en pleine Iroquoisie à l’été 1609.

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Alors que Québec n’a été fondé que l’année précédente et n’abrite qu’une quarantaine d’hommes, Samuel de Champlain s’est engagé auprès de ses alliés Algonkins, Hurons et Montagnais à se battre à leurs côtés dans leur guerre contre les Agniers, la tribu la plus belliqueuse de la confédération des cinq nations iroquoises. Quittant « l’Habitation » (nom donné au premier bâtiment abritant les colons) avec deux chaloupes, remplies de Français armés d’arquebuses et de plus de trois cents guerriers, la troupe part pacifier la région et sécuriser la traite des fourrures. Cependant, les aléas du voyage feront perdre le courage à plusieurs braves et colons. Au final, lorsque Champlain arrive chez les Agniers, son armée ne se compose plus que de 60 Amérindiens et trois Français. Peu importe, le jour de la bataille vient et dès le début des hostilités Champlain, tel un Chuck Norris, abat trois chefs Agniers avec deux balles. Les Iroquois, ne connaissant pas les armes à feu, sont pris de panique et retraitent en désordre. Cette victoire garantira la fidélité des Hurons, Algonquins et Montagnais à leur frère Champlain et assureront des liens commerciaux durables.

Cette page d’histoire passionnante est rendue chez Prugne avec un rythme lent, parfois même trop lent. Toutefois, on sent que ce choix minimaliste presque immersif est assumé. Il semble vouloir faire couler son histoire comme l’eau descend paresseusement le fleuve. Même si Prugne se tient près de la trame historique, il prend toutefois quelques libertés en ajoutant des personnages fictifs. Ce choix aurait pu être judicieux, mais on ne croit jamais vraiment au personnage du contrebandier basque contraint par Champlain de participer à l’expédition afin d’échapper à la justice coloniale. Dans le même ordre d’idée, on comprend mal les raisons de la présence du personnage de la princesse Agniers, prisonnière des Français que l’on trimbale tout au long du voyage.

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Autre bémol, même si je concède à Prugne un travail de recherche colossale, je peux malheureusement soulever quelques grosses erreurs. En premier lieu, je n’ai pu m’empêcher de grincer des dents lorsqu’un Huron utilise en page 13 le qualificatif de « serpents à sonnettes » pour décrire les Agniers. Le crotale n’étant pas très présent dans nos contrées, nous avons l’impression que cette réplique sort toute droit d’un mauvais western. Deuxièmement, nous sommes étonnés de voir Champlain s’extasier dès la page 25, au début de l’expédition, devant le lac qu’il décide de nommer à son nom. En réalité, le Lac Champlain constitue la dernière étape du périple où l’affrontement aura lieu. Pour finir, Prugne conclut son récit en affirmant que l’expédition de Champlain engendrera deux siècles de guerre entre Iroquois et Français. Rien n’est plus faux. Les différentes guerres franco-iroquoises perdureront jusqu’à la grande Paix de 1701. Après, les Iroquois ne reprendront les armes contre les Français que lors de leur alliance avec les Anglais durant la guerre de Sept Ans. En 1760, Louis XV perd lamentablement la guerre et laisse tomber la Nouvelle-France qui devient possession de la couronne britannique.

Malgré ses défauts, Iroquois vaut sans doute le détour pour le dessin magnifique. Même si le récit n’est pas passionnant, l’éclairage posé sur cette page d’histoire reste intéressant. Note à l’éditeur : les erreurs qui gâchent un peu la sauce auraient pu être facilement évitées si le scénario s’était rendu en relecture chez une personne compétente. J’offre mes services pour une prochaine fois.

6.5/10

Iroquois

Auteur : Patrick Prugne

Éditeur : DM (2016)

80 pagesIroquois

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