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Par Dany Rousseau :

Futuropolis (2016) Filiu/David B

Futuropolis (2016) Filiu/David B

La conclusion de cette trilogie se faisait attendre depuis longtemps. Débutée en 2011, Les meilleurs ennemis; Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient (Futuropolis) du bédéiste David B et de l’historien spécialiste de l’islam Jean-Pierre Filiu, se termine sur un troisième tome compressé qui survole trente ans d’histoire, soit de 1984 à 2013 riens de moins! J’ai tout de suite été sceptique. Dès le début, je me suis dit qu’en couvrant une telle période la tâche de synthétisation n’allait pas être de tout repos. Je me demandais si nous arriverions indemnes à la fin de cet exposé géopolitique de haute voltige.

En effet, ces trois décennies furent loin d’être un long fleuve tranquille. Les mandats des présidents Bush père, Clinton, Bush fils et Obama furent constamment perturbés par la situation dans cette zone sensible. Le Liban, la guerre du Golf de 1991, l’émergence de Ben Laden et d’Al Qu’aïda, l’embargo irakien, les accords d’Oslo, l’assassinat de Rabin, la Deuxième intifada, le 11 septembre 2001, l’Afghanistan, la guerre contre l’Irak de 2003, les printemps arabes ou la crise en Syrie sont tous des évènements majeurs où les États-Unis joueront un rôle sur la scène moyen-orientale pour le meilleur ou pour le pire. Avec un immense talent de pédagogue, Filiu organise son propos de façon si limpide qu’il nous donne l’impression, en refermant l’album, que nous sommes devenus de grands spécialistes de la question. L’universitaire nous présente simplement toutes les pièces du puzzle et les emboîte comme si de rien n’était devant nos yeux ébahis. À la fin de l’exercice, il nous offre une bonne vision d’ensemble de la géopolitique actuelle de la région.

Nous devons mentionner qu’il manque tout de même deux années importantes à ce troisième tome. En s’arrêtant en 2013, on ne peut assister à l’arrivée de l’EI, aux attentats de Paris, à l’intensification et à la complexification de la guerre en Syrie. Cependant, je suis conscient qu’à ce niveau on ne parle plus d’Histoire, mais d’actualité. Toutefois, nous constatons que l’exposé du professeur Filiu nous permet d’appréhender les derniers évènements sous un nouvel éclairage.

Futuropolis (2016) Filiu/David B

Futuropolis (2016) Filiu/David B

La dernière page nous laisse sur une impression de malaise et de grande tristesse en n’entrevoyant pas de conclusion heureuse pour cette zone explosive. Filiu juge sévèrement l’administration Obama qui aura au final abandonné la région. On ne peut qu’endosser ce propos lorsque l’on assiste présentement à des accords de cessez-le-feu qui sont négociés par la Turquie, l’Iran et la Russie sans que les États-Unis y soient invités. Ces trois États semi-dictatoriaux qui prennent la place de leaders pour le règlement de la crise en Syrie confirme peut-être l’état médiocre de nos démocraties en ces temps incertains…

Mais là je m’éloigne de la bédé et je suis en train de vous déprimer chers lecteurs. J’en profiterai donc pour parler du dessin de David B qui nous comble encore avec des métaphores graphiques qui laissent admiratives. Ses illustrations, tout en courbe, en noir et blanc, sont toujours un plaisir pour les yeux et allègent un peu le propos du texte.

Une belle trilogie à s’offrir pour mieux comprendre ces enjeux complexes qui nous touchent tous.

9/10

Les meilleurs ennemis; Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient; T.3 1984-2013

Auteurs : Jean-Pierre Filiu (scénario) David B. (dessin)

Éditeurs : Futuropolis (2016)

95 pages

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