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source : Revoir Paris, éd. Casterman, 2016.

par Mathieu T

Le duo Peeters-Schuiten est à l’image d’un vieux groupe rock comme Radiohead. Il travaille dans son coin à bâtir un univers qui lui est propre, à la limite rassurant, pour leurs fans qui les suivent passionnément quelle que soit la direction que prendra leurs élucubrations artistiques. Revoir Paris s’inscrit dans cette démarche patiente de petite pierre qui s’ajoute à l’immense édifice.

Dans le premier tome, le lecteur apprenait tout sur Kârinh, une jeune humaine qui a grandit sur l’Arche, un gigantesque vaisseau spatial qui a rompu toute connexion avec la Terre. Voilà que l’Arche décide d’envoyer une équipe menée par Kârinh pour reprendre contact. Nous sommes en 2156.

Dans Revoir Paris : La nuit des constellations, Kârinh retrouve le Paris dont elle a tant rêvé dans ses longs délires drogués. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu. Perçue comme une intruse, elle est rudement questionnée par les autorités parisiennes. Heureusement, elle croise Matthias qui l’amènera dans un tour guidé de Paris à la recherche des constructions perdues de son passé.

Commenter du Peeters-Schuiten, c’est le faire de l’intérieur. Il faut se laisser envahir et se laisser immerger. Ceux qui trouvent leur monde froid et plat ne découvriront rien pour les contredire : c’est du Peeters-Schuiten pur jus. L’expliqué reste en surface, les réflexions abondent et le thème identitaire est très présent : le vrai, le faux, le passé, la muséologie. Dans l’ensemble, comparé aux Cités obscures, il manque un peu de substance et le tout fait effectivement un peu trop guide touristique.

Le dessin de Schuiten est toujours aussi précis et superbe. Décrire un Paris du futur tout en intégrant le passé n’est pas à la portée de tous et Schuiten nous propose un lot de cases fascinantes.

Un bon Peeters-Schuiten mais ne qui ne brise rien. Attendons la suite.

7/10

Revoir Paris

Auteurs : Benoît Peeters (scénario) François Schuiten (dessins)

Éditeur : Casterman 2016

62 page

source : Groenland Vertigo, éd. Casterman, 2017.

Pour débuter, un mot sur Tanquerelle (le bédéiste, pas le voisin de Fardoche). Il m’avait bien impressionné avec Les voleurs de Carthage (Dargaud) produisant un dessin au mouvement et à l’humour d’un ancien temps, comme s’il se dégageait une certaine nostalgie dans son geste et son trait. Voilà qu’avec Groenland Vertigo, Tanquerelle vient taper encore sur le même clou.

Légèrement auto-biographique (Tanquerelle est effectivement allé au Groenland trois semaines), cette bédé raconte l’histoire de Georges Benoît-Jean, un écrivain en manque d’inspiration qui se fait inviter à participer à une expédition artistique dans le Grand Nord. Malgré sa trouille, il accepte et s’embarque pour une épopée maritime parsemée de personnages truculents. Réussira-t-il à combler ses pages blanches ?

Le génie de cet album, écrivons-le ainsi, est le balancier du dessin, oscillant d’une part du côté d’Hergé et Jacobs (ligne claire, trait précis, découpage classique, typographie rétro) et de l’autre, d’une bédé plus alternative (le fonds impressionniste des cases). C’est à la fois déstabilisant et nostalgique, un mixte assez curieux qui fonctionne à merveille.

source : Groenland Vertigo, éd. Casterman, 2017.

Malheureusement, deux accros m’ont empêché de pleinement savourer ce titre. D’un, le scénario, malgré une bonne prémisse, semble être une suite de courtes anecdotes raboutées. La lecture est agréable mais manque de fil conducteur. La finale, somme toute assez décevante parce que Tanquerelle avait concocté un juteux mystère, est assez représentative du lot. Deux, ce qui est assez curieux pour une maison d’édition comme Casterman, forme ce que j’appellerais des erreurs de production. La traduction des dialogues norvégiens à la fin de l’album ne correspond pas aux bonnes pages dans le livre. Davantage, Casterman a inséré un erratum pour corriger certaines phrases, mais celui-ci comporte aussi des erreurs de pagination.

Malgré tout, un bon moment de lecture, mais il aurait fallu deux-trois autres tours de vis pour en faire un grand moment.

7/10

Groenland Vertigo

Auteur : Tanquerelle

Éditeur : Casterman 2017

98 pages

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