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source : Gauguin, l’autre monde, éd. Sarbacane, 2016.

Par Pedro Tambièn

Gauguin, l’autre monde est une superbe création italienne. Fabrizio Dori a étudié à l’académie des Beaux-Arts de Milan et a exposé ses œuvres dans plusieurs villes. C’est sa première bédé à être publiée en français.

Le récit, non chronologique, relate les dernières années de la vie du peintre qui a eu une grande influence posthume sur les Beaux-Arts. Inspiré d’abord par les impressionnistes, Paul Gauguin va s’émanciper de ce mouvement pour aller vers le symbolisme et le synthétisme. La scène finale de la bande dessinée, où l’on voit Picasso admirer et s’inspirer de Gauguin, ainsi que les textes en épilogue de Céline Delavaux permettent de mieux comprendre le personnage mythique de cet artiste français, rustre et irresponsable, qui ne se sent jamais vraiment chez lui nulle part, mais qui semble s’adapter à toutes les intempéries de la vie.

La bande dessinée garde un style classique. Les pages sont divisées en cases bien délimitées, le récit se suit chapitre par chapitre. On n’est pas dans l’expérimentation au niveau narratif. Cependant, par le récit, l’exploration du psyché de Gauguin et le côté mystique des îles que son âme semble comprendre, le lecteur est transposé dans un autre monde. Aussi, Fabrizio Dori arrive parfaitement à rappeler, par ses choix de style de dessins et de couleurs, l’univers des peintures qui ont fait la renommée de Paul Gauguin.

Ce livre est un incontournable pour les amateurs d’art moderne, tout comme l’a été la série Pablo de Julie Birmant et Clément Oubrière.

9/10 

Gauguin, l’autre monde
Auteur : Fabrizio Dori

Éditeur : Éditions Sarbacane
128 pages en couleurs oniriques, suivi d’un essai biographique de cinq pages écrit par Céline Delavaux

source : Taïpï, un paradis cannibale, éd. Gallimard, 2016.

Restons dans le coin des îles Marquises en Polynésie. Elles ont énormément influencé Gauguin et une de celles-ci, Nuku Hiva, sera un personnage à part entière de cette prochaine critique.

Au XIXème siècle, Tom et Toby, deux membres de l’équipage d’un baleinier, décident de quitter le bateau et de s’isoler sur cette île aux allures paradisiaques, mais à laquelle les rumeurs prêtent des habitants cannibales. Les deux comparses se perdront très vite sur l’île, à la météo et aux reliefs incompréhensibles pour deux matelots qui n’ont connu que les rues des villes occidentales et la vie en mer. Ils se retrouveront affaiblis face à des membres d’une des tribus maoris peuplant l’île. Referont-ils leur vie à Nuku Hiva ? Comprendront-ils quelque chose à la langue taïpi?

Les dessins sont superbes malgré certaines scènes brouillonnes donnant un lustre indépendant qui pourrait déplaire à des lecteurs plus habitués aux bandes dessinées à l’esthétique léchée. Le récit est très intéressant et fait évoluer les différents personnages et montre leurs capacités d’adaptation dans un milieu qui peut leur sembler hostile.

Cette bande dessinée est une adaptation du roman autobiographique Taïpi d’Herman Melville. À la lecture de la bédé, il semble que le roman reste d’actualité dans le style et ses thèmes.

7/10

Taïpi, un paradis cannibale
Auteur : Stéphane Melchior (scénarionadapté du roman d’Herman Melville) Benjamin Bachelier (dessins)
Éditeur : Gallimard 2016

95 pages hautes en couleurs

source : Le Règne tome 1, éd. Le Lombard, 2017.

par Mathieu T

Je trouve toujours rigolo quand mon cerveau se met en marche et qu’il crée un blocus sans même que je lui demande. Une bédé dans les mains et paf ! : « Tu n’aimeras pas ça, ça l’air nul, regarde le dessin, dépose ça tout-de-suite et va lire des Jungle en folie, … ».

J’avoue que la couverture moche de Le Règne et les dix premières pages semblaient donner raison à mon occiput. Des animaux humanoïdes dans un contexte réaliste mille fois vus depuis Blacksad et cette violence inouïe : des pages 3 à 9, vingt cases débordantes d’hémoglobine et de têtes tranchées. Le récit partait bien mal. Puis, peu à peu, le rythme ralentit et les éléments de l’histoire se posent doucement.

Dans un monde futuriste archaïque, les humains semblent avoir disparu au profit de bêtes intelligentes. La nature a repris ses droits : tempêtes terribles et animaux monstrueux, le danger est partout. Pour éviter la mort, une longue colonne de pèlerins essaient de rejoindre le Sanctuaire tenu par des moines-guerriers. Une famille de riches bourgeois tente sa chance et engage un trio de mercenaires, Isaac, Octavia et Pantacrius, pour les protéger des brigands et pillards qui pullulent. Mais vous vous en doutez, leur épopée ne sera pas de tout repos.

Après un faux-départ, la bédé revient sur les rails de belle façon. Les personnages, sans rien révolutionner, s’étoffent tout en gardant une part de mystère ; le monde ambiant aussi et les grandes questions demeurent : où sont les humains ? Pourquoi la nature est-elle aussi féroce ? Des amitiés se tissent, des ennemis apparaissent. La violence prend tout son sens.

source : Le Règne tome 1, éd. Le Lombard, 2017.

 

Les dessins de Boiscommun sont blacksadiens tout en conservant une touche d’originalité. J’ai beaucoup aimé ses couleurs aquarelles, l’expressivité de ses personnages et la clarté des scènes d’action. Le lecteur se surprend à relire plusieurs fois les mêmes cases pour en apprécier le récit graphique.

Au final, un bon et intrigant premier tome.

7,5/10

Le règne : 1. La Saison des démons

Auteurs : Runberg (scénario) Boiscommun (dessins)

Éditeur : Le Lombard (2017)

50 pages

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