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Par Dany Rousseau :

9782070601387

Gallimard (2016) Bagieu

Pénélope Bagieu est une jeune bédéiste féministe que j’affectionne particulièrement. Nous ayant offert il y a quelques temps California Dreamin’ (Gallimard) qui racontait de belle façon le destin de la flamboyante Cass Eliott, pilier du groupe Mamas & Papas, elle nous revient avec un diptyque recueillant plusieurs histoires de femmes toutes aussi inspirantes. Avec Culottées t.1 et t.2 (Gallimard bande dessinée), Bagieu nous présente en cinq ou six planches chacune des femmes de tout horizon et de toute époque qui se sont démarquées par leur force de caractère et leur courage de s’affranchir des normes sociales où leur milieu voulait les maintenir. En combinant les deux albums, c’est au total trente portraits que Bagieu nous permet de découvrir tout en faisant montre d’une belle habileté à synthétiser ses sujets avec efficacité et humour. J’ai grandement apprécié que l’auteure joue d’audace et d’originalité en choisissant de nous présenter des femmes dont on a peu entendu parler. J’ai personnellement fait la connaissance, à ma grande honte, de 28 nouvelles femmes historiques sur les 30 destins exposés. Sauf pour le cas de Joséphine Baker, je suis certain que vous découvrirez tout comme moi les autres. Je ne citerai ici que quelques exemples. Clémentine Delait, la femme à barbe, artiste et entrepreneur, Agnodice, médecin dans la Grèce antique et mère de la gynécologie ou encore Hedy Lamarr, actrice autrichienne, reine du glamour hollywoodien qui, loin de son image de femme fatale, inventera dans les années 40 le principe du GPS et du WiFi !

9782075079846

Gallimard (2017) Bagieu

Un bel ouvrage, très intéressant, que je laisserai certainement traîner à la maison pour que ma fille de neuf ans feuillette les deux albums et découvre ces modèles féminins inspirant à mille lieues des « Barbie » et des « Monsters High ». Côté graphisme, la rousse illustratrice nous offre aussi un beau cadeau à la fin de chacune de ses histoires. Sur une double page, elle dessine un véritable tableau, variant les styles et les techniques selon l’inspiration du destin qu’elle vient de nous révéler.

 

 

9/10

Culottées t.1 et Culottées t.2

Auteure : Pénélope Bagieu

Éditeur : Gallimard bande dessinée (2016 et 2017)

  

9782754815529

Futuropolis (2016) Goethals

Étrange chose que cette adaptation bédé du roman Manuel de survie à l’usage des incapables de l’auteur belge Thomas Gunzig. Réalisée par le bédéiste Sébastien Goethrals, cette dystopie inquiétante et anxiogène est ici intitulée Le temps des sauvages et publiée chez Futuropolis. Nous situant dans un avenir rapproché, nous suivons les avatars de Jean, un responsable de la sécurité d’un supermarché dans un monde où la société de consommation vient de passer à la vitesse supérieure. Maintenant, tout s’achète et tout est privatisé. De l’eau au génome humain, tout est protégé par des copyrights détenus par des multinationales amorales. Même la procréation n’est plus permise sans passer entre les griffes de ces compagnies. Ces dernières, pour augmenter la facture, vont jusqu’à offrir aux futurs parents d’implanter un gène de l’animal de leur choix à l’embryon dont ils font l’acquisition !

 

La vie de Jean n’est pas un succès. Occupant un travail qu’il apprécie plus ou moins, ayant un père qui passe l’essentiel de son temps dans l’univers virtuel d’un jeu vidéo et étant marié à une femme acariâtre dévorée par l’ambition professionnelle, Jean ne respire pas le bonheur. Comme si ce n’était pas assez, tout empirera lorsqu’il tuera accidentellement une caissière dans le bureau de son gérant lors d’une procédure de licenciement qui tournera au drame. Les vrais problèmes débuteront toutefois quand les quatre fils de la pauvre dame décideront de venger leur mère. Tout ne serait pas encore une complète catastrophe si les membres de la fratrie n’étaient pas le fruit d’une erreur génétique qui avait fait d’eux quatre hommes-loups déjantés!

Véritables criminels endurcis prénommés Blanc, Noir, Gris et Brun, les fils inquiétants de la caissière veulent retrouver Jean, le tuer et le dévorer avant de s’enfuir avec leur magot de 950 000 euros qu’ils viennent de dérober en attaquant au lance-rocket un convoyeur d’argent. Il reste donc peu de temps à l’agent de sécurité pour se planquer avec l’aide d’une blonde et jolie gestionnaire de crise pour la firme Eichmann et Eichmann qui possède aussi des gènes de loutre.

Polar noir et cynique, ce pavé de 266 planches est une critique sans concession de notre société inondée par les marques, la publicité et les faux besoins. Goethals traite ce thème de façon originale avec une grande inclinaison pour l’humour grinçant. Ne se contentant pas seulement de taper sur le clou de la consommation, il s’amuse à tourner en dérision la « gestionite » aiguë de nos sociétés. Les théories de marketing, de gestion, de gouvernance sont ridiculisées et poussées jusqu’à l’absurde. Les termes et les discours vides tenus par les experts du domaine sont tristement réjouissants et à peine exagérés. J’émettrai toutefois une réserve non négligeable. Étant une adaptation d’un roman de science-fiction, j’aurais quand même aimé que la bédé fournisse en préface les principales clés pour comprendre dès le départ dans quel univers nous étions. Pour cette raison, je n’ai pas pu pleinement entrer dans l’action avant le quart de l’album. Avant ce point, je me suis demandé souvent où j’étais. J’ai longtemps cherché le niveau sur lequel je devais appréhender cette histoire particulière, ce qui peut être irritant pour certains lecteurs.

7/10

Le temps des sauvages

Auteur : Sébastien Goethrals (dessin et scénario)

Éditeur : Futuropolis (2016)

266 pages

 

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