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Par Dany Rousseau :

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La Pastèque (2017) Côté/Vallerand

La Crise d’octobre est un moment phare dans notre histoire. Les enlèvements par le FLQ du délégué commercial britannique James Richard Cross et du ministre du Travail Pierre Laporte suivie de la promulgation de la Loi des mesures de guerre ont constitué la trame de fond de nombreuses créations artistiques. Outre l’événement politique proprement dit, c’est toute l’effervescence nationaliste, culturelle et sociale de l’époque qui inspira de nombreux créateurs. Automne Rouge (La Pastèque) d’André-Philippe Côté et Richard Vallerand profite de ce cadre foisonnant pour nous raconter l’histoire de Laurent, un adolescent de 15 ans originaire d’un quartier ouvrier de la ville de Québec qui vivra des épreuves déterminantes en ce mois d’octobre 1970.

Tout commence alors que le professeur de français de Laurent propose à ses élèves d’imaginer un super-héros québécois et d’en faire un portrait détaillé. Allumé par ce projet, Laurent – avec l’aide de son voisin monsieur Lebrun – créera Hydroman. Ce nouvel espoir pour le monde libre naîtra après l’électrocution d’un ouvrier sur le chantier d’un barrage de la Manicouagan. Alors que personne ne croyait en sa survie, le futur Hydroman constatera durant son hospitalisation qu’il possède maintenant des pouvoirs incroyables. Il sera plus fort que Louis Cyr, plus rapide qu’Alexis le Trotteur et plus grand que le géant Beaupré. Sa mission consistera à…

Laurent n’aura pas le temps de conclure son travail. Le grand Jason Picard, un confrère de classe d’origine huronne, le tabassera et lui volera son devoir. Laurent, persécuté par cette brute depuis le début de l’année, rentrera chez lui, penaud, sans en parler à personne et en se creusant les méninges pour trouver une autre idée.

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La Pastèque (2017) Côté/Vallerand

Autour de Laurent gravite une foule d’histoires et de personnages. Il y a pour commencer l’histoire des origines d’Hydroman. Nous suivons ensuite l’histoire d’Aline, la mère de Laurent, qui est la déléguée syndicale d’un hôtel en pleine négociation de convention collective avec un patron de mauvaise foi. Sur le point d’aller en grève, plusieurs travailleurs de l’hôtel Champlain, dont le père de Jason Picard, s’opposent au syndicat et au débrayage, ce qui met Aline dans une drôle de situation. Ensuite s’ajoutent les déboires de Marie, la jeune tante de Laurent qui est serveuse dans un bar, qui fume un peu trop de marijuana et fréquente des mecs louches. Il ne faut pas oublier aussi l’histoire des Picard, qui vivent leur héritage autochtone de façon complexe. De plus, il y a bien sûr, pour enrober toute cette saga, un secret de famille troublant et l’histoire d’un fait divers funeste…. Ouf… Reprenons notre souffle et ajoutons que jamais le proverbe « Qui trop embrasse mal étreint » n’aura été utilisé d’une façon plus justifiée.

Le problème majeur de cette bédé est que l’on tire dans de trop nombreuses directions. Conséquemment, le rythme et le découpage sont saccadés, touffus et confus. Plusieurs pistes et indices sont lancés ici et là sans être développés, ce qui alourdit un récit déjà imposant. Cette bande dessinée québécoise au sujet tellement québécois aurait pu être réellement intéressante sans ces nombreuses erreurs scénaristiques. On s’éparpille et on perd son latin. Le sujet de la création d’un héros québécois dans le cadre d’un devoir, en pleine Crise d’octobre, était tellement une bonne idée. Les auteurs auraient pu en faire une excellente allégorie de l’aliénation du peuple québécois à cette époque, mais malheureusement ce rendez-vous n’aura pas lieu. Avec la perte de maitrise de leur ligne directrice, ils n’ont réussi qu’à noyer le poisson.

Comme si ce n’était pas suffisant, l’histoire est lardée d’incongruités irritantes. Par exemple; le copain de Marie ne peut être recherché par les Hell’s Angels pour des dettes impayées, l’organisation criminelle ne sera implantée au Québec qu’en 1977.Ensuite, on peut sourire au pastiche d’André Arthur que les auteurs font avec leur personnage d’André Lacroix. Toutefois, le fiel populiste et antisyndical que l’animateur laisse couler sur les ondes de la radio de la vieille capitale sonne faux en 1970. Au final, le comble, ce qui m’a tué, c’est de voir René Lévesque débarquer de nulle part et accoster Aline en pleine rue, comme si de rien n’était, pour qu’elle devienne candidate du PQ ! C’est à ce moment que je me suis dit que ce scénario était bien malhabile. Je comprends que nous sommes dans un récit de fiction, mais lorsque l’on flirte avec un contexte historique, il faut tout de même s’assurer d’une certaine rigueur et conserver une certaine vraisemblance. C’est dommage, car avec de magnifiques dessins et une foule de détails graphiques qui nous rappellent l’époque, j’aurais sincèrement voulu aimer cet automne rouge.

5/10

Automne rouge

Auteurs: André-Philippe Côté et Richard Vallerand

Éditeur: La Pastèque (2017)

104 pages

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