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par Mathieu T

Chères amies lectrices, chers amis lecteurs, en date d’aujourd’hui, nous allons débuter une nouvelle série d’articles sur le merveilleux monde du manga. Jusqu’à maintenant, nous avions abordé le manga de manière aléatoire, commentant ici et là aux grés de nos fantaisies, un numéro ou un autre.

Nous vous proposons maintenant des textes davantage informatifs qui porteront sur les séries et leurs auteurs sans que nous leur attribuions de note. Pour être bien franc, mettre un 7/10 à un volume 12 d’un manga quelconque sans la perspective générale n’est pas très sensé et même un peu absurde (désolé !). Certes, nous nous empêcherons pas d’y incérer des commentaires incisifs (c’est dans notre nature), mais l’idée est plutôt de discuter le manga plutôt que de critiquer le manga.

De plus, pour la cause, Bdmétrique s’adjoindra les services de l’ami Nicolas, grand amoureux de shonen et shojo. Nous profiterons tous de sa plume bien affûtée.

Prêts ? Allons-y.

source : Le mari de mon frère, éd. Akata, 2017.

Gengoroh Tagame est l’auteur le plus influent du monde des mangas gais au Japon. Toutefois, il faut le prendre avec des pincettes puisque de Tagame est chef de file du courant homoérotique hardcore violent tendance gros mecs poilus. Si vous voulez faire fuir votre belle-mère, demandez-lui de taper The Passion of Gengoroh Tagame (Picture Box, 2013) dans Google Image. Vous m’en redonnerez des nouvelles…

C’est pourquoi j’ai été surpris en lisant Le mari de mon frère, une série toute en finesse et en douceur sur la place de l’homosexualité dans le Japon moderne. Le scénario est simple mais astucieux. Yaichi possède un frère jumeau qui a quitté le pays il y a dix ans pour aller vivre son homosexualité au Canada. Peu de temps après sa mort, Mike se pointe à la porte de Yaichi : il est le mari de Ryôji en visite sur les lieux d’enfance de son amoureux.

Tagame, par des dialogues et des situations crédibles, met en place tout un réseau de confrontations de valeurs : culture gaie vs culture nippone, couples mariés vs couples divorcés, etc. Il utilise Kana, la petite fille de Yaichi, comme catalyseur de réflexion. Par sa naïveté et son enthousiasme pour son nouvel oncle, celle-ci ouvre les portes à toutes sortes de situations rigolotes et surtout, tente de changer l’attitude de son père, bien fermé à la présence de Mike. Tagame en rajoute une couche en présentant entre certains chapitres des éléments de la culture gaie comme le triangle rose ou l’arc-en-ciel emblématique. Une réelle discussion s’engage au fil des pages sur la modernité du Japon et son rapport au sexe.

source : Le mari de mon frère, éd. Akata, 2017.

 

À l’instar de son homonyme italien Milo Manara, le travail de Tagame prend toute sa magnificence dans son dessin et Le mari de mon frère ne fait pas exception. Un trait fin, précis, adulte dans son approche réaliste, loin des approximations des mangas communs. Bien sûr, le pinceau de Tagame aime les corps mâles et il les peint avec passion et méticulosité. Sans sombrer dans la sexualité extrême, Tagame réserve au lecteur certaines scènes très touchantes avec une légère dose d’érotisme. Et comment ne pas rigoler quand il joue lui-même avec ses propres codes graphiques lorsque le héros se rend compte avec gêne qu’il est torse nu et serviette à la taille devant un homosexuel.

Une série étonnante pour un auteur qui ose… se couvrir.

Le mari de mon frère

Auteur : Gengoroh Tagame

Éditeur : Akata (2017)

Série en français : 3 tomes parus

 

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