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Par Dany Rousseau :

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Rue de Sèvres/Comix Buro (2017) Trondheim

Depuis longtemps, Lewis Trondheim adore déconstruire et remonter à sa manière la bédé de genre. Nous n’avons qu’à songer à la série Donjon (Delcourt) avec laquelle il s’est amusé fermement entre 1998 et 2014 avec son compère Joan Sfar. S’adjoignant des coscénaristes et dessinateurs invités pour chaque sous-série, le duo a réinventé le « fantasy ». Avec Infinity 8 (Rue de Sèvre), Trondheim récidive avec le même principe, mais en déboulonnant la science-fiction et plus précisément le genre « Space Opéra ». Pour cette nouvelle saga qui comprendra huit tomes, on sort l’artillerie lourde. En effet, une distribution de rêve viendra mettre l’épaule à la roue au projet Infinity 8 : Boulet, Guibert, Killofer, Kris, Vehlman se joindront à l’ami Trondheim au gré des sorties qui devraient se succéder très rapidement jusqu’en mars 2018. Les premières pages de l’aventure ayant été publiées sous forme de fascicule cet automne, Rue de Sèvre les regroupe maintenant en albums cartonnés dont les deux premiers volets viennent tout juste de paraître au Québec. Le premier chapitre : Infinity 8 ; Romance et macchabées est réalisé par Dominique Bertail au dessin et Zep au scénario. Le deuxième, Infinity 8 ; Retour vers le Fürher est coécrit et dessiné par Olivier Vatine, directeur artistique du projet.

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Rue de Sèvres/Comix Buro (2017) Trondheim

Infinity 8 est le nom d’un vaisseau spatial qui relie les galaxies de la Voie lactée et d’Andromède. La terre ayant été détruite par une guerre de robots, les humains survivants se sont mélangés à une myriade de races interstellaires. À bord de l’Infinity 8 qui file à vive allure à travers l’espace prennent place 880 000 passagers appartenant à 257 races différentes. Tout se déroule normalement dans cette mégapole volante jusqu’au jour 15. Ce jour-là, l’Infinity 8 est immobilisé par un amas d’artéfacts funéraires qui flotte dans le vide et qui couvre en étendue l’équivalent d’un système solaire. À travers cette étrange nécropole spatiale, on retrouve des morceaux de cimetières, des cadavres de toutes races, des pierres tombales et de gros machins dégoutants et gluants que l’on ne peut identifier. Pour s’extraire de ce bourbier, le capitaine de l’Infinity 8 devra envoyer un agent de sécurité explorer le secteur. Heureusement, l’officier supérieur du navire appartient à la race des Toan Shär, une espèce de gros poissons vivant dans un aquarium gigantesque et qui possède la capacité de créer des boucles temporelles, c’est-à-dire qu’il peut explorer plusieurs futurs alternatifs pour une période de huit heures. Si le futur en question tourne à la catastrophe, le capitaine au bout du temps réglementaire peut « rebooter » la période et revenir huit heures en arrière. Cette expérience pouvant être répétée huit fois consécutives, le capitaine confira donc cette mission d’éclaireur à huit agents différents. Vous l’aurez compris, les huit tomes auront pour objet chacune des missions. Dans les deux premiers volets qui nous sont offerts, nous rencontrons d’abord l’agent Yoko Keren qui aura maille à partir avec les passagers de race Kornalienne. Espèce extraterrestre nécrophage, ces derniers tenteront de détruire l’Infinity 8 afin de pouvoir demeurer dans ce buffet à volonté pour l’éternité. L’agent Keren devra donc interrompre son enquête pour contrecarrer ces fins gourmets.

Dans le deuxième chapitre, l’agent Stella Moonkiker et son robot devront assurer la sécurité d’une activité organisée par le club social pacifiste nazi! Mais tout se compliquera lorsque les membres du club découvriront dans la nécropole spatiale une fusée V4 envoyée à la fin de la Deuxième Guerre mondiale par Von Braun, qui y avait dissimulé la tête d’Adolf Hitler cryogénisée. Les nazis un peu simplets de l’Infinity 8 récupèreront ce Graal et perdront rapidement de contrôle de la tête d’Hitler. Le Führer, n’ayant pas dit son dernier mot, prendra la maîtrise du robot de Stella et tentera d’imposer le IV Reich sur le vaisseau.

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Rue de Sèvres/Comix Buro (2017) Trondheim

Comme vous pouvez le constater, nous sommes dans un monde où tout peut arriver et où l’humour ne peut être que déjanté. Nous reconnaissons facilement la touche acérée et acide de Trondheim qui fait toujours mouche. Les bonnes lignes sont nombreuses, mais malheureusement l’histoire arrive à bout de souffle assez rapidement. C’est bien dommage, car nous aurions pu nous bidonner ferme sur l’Infinity 8 si les scénarios n’avaient pas été aussi minces. Dans le vide interstellaire c’est la bagarre qui doit primer. Les explosions, les rayons lasers et les giclées d’hémoglobine sont omniprésents. Certes, il ne faut pas prendre Infinity 8 au premier degré. Tout ceci est un pastiche, mais rien n’empêche que l’on se lasse vite des combats cosmiques. Malgré les deux blondes héroïnes sexy qui nous rappellent les personnages rétro futuristes de Barbarella, de Laureline où même d’Elsa la louve des SS, on reste sur notre faim côté histoire. Infinity 8 est divertissant tout au plus. J’aurais aimé être emballé, car je suis un inconditionnel de Trondheim. Toutefois, pour comparer avec le même genre d’exercice, on ne retrouve pas toute la finesse de Donjon sur l’Infinity 8. Bien sûr, ce sont les deux premiers tomes, peut-être les prochains seront-ils plus efficaces, avec un contenu scénaristique plus consistant, mais pour l’instant il y a trop d’action, trop d’explosion, trop de confusion, trop de n’importe quoi.

6/10

Infinity 8 ; Romance et Macchabées

Auteurs : Lewis Trondheim et Zep (scénario) Dominique Bertail (dessins)

Édititeur : Rue de Sèvre/Comix Buro (2017)

88 pages

 Infinity 8 ; Retour vers le Führer

Auteurs : Lewis Trondheim (scénario) Olivier Vatine (dessins)

Éditeur : Rue de Sèvre/Comix Buro (2017)

90 pages

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