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source : Sunny, éd. Kana, 2016.

par Nicolas Otis

Taiyô Matsumoto est sans l’ombre d’un doute l’un des mangakas les plus intéressants et les plus surprenants de notre époque. La surabondance de publications en provenance du Japon laisse parfois entrevoir un médium standardisé à outrance dans lequel tout finit par se ressembler et se confondre. Matsumoto a pour sa part su créer, au fil des ans, une œuvre et un style bien personnels, que l’on reconnaît et apprécie au premier coup d’œil. Auteur rebelle, indompté par les éditeurs et par les exigences du marché, Matsumoto est un véritable irréductible qui n’entreprend que les projets qui lui tiennent à cœur depuis maintenant 25 ans. Il a signé des séries très originales dont Amer Béton, Ping-Pong, Number 5, Le Samouraï bambou et plus récemment Sunny, dont le 6e et dernier tome est paru en 2016. Le récit de Sunny, en partie autobiographique, raconte le quotidien d’un groupe d’enfants abandonnés.

Dans le Japon des années 70, une pension située en pleine campagne accueille les orphelins et les enfants dont les parents ne peuvent s’occuper. Dans le jardin croupit une vieille voiture en panne qui n’a pas roulé depuis belle lurette et que les enfants surnomment affectueusement Sunny. Animée par les jeunes pensionnaires, la petite voiture devient tour à tour un bolide de course, une machine à remonter le temps et une cachette pour fumer des cigarettes et mater des revues érotiques. Avant tout, elle devient un lieu pour s’échapper du monde réel, le temps d’une aventure extraordinaire ou d’un retour fantasmé des parents. Sei, nouvellement arrivé, tente de se faire une place. Haruo, belliqueux et indiscipliné, entretient une dépendance à la crème Nivea, que sa mère utilisait et qui la lui rappelle. Les personnages créés par Matsumoto sont cruellement normaux et très attachants.

source : Sunny, éd. Kana, 2016.

La série est constituée d’une trentaine de chapitres, ou épisodes, qui s’attardent chacun sur l’un ou l’autre des personnages. Matsumoto fait évoluer ceux-ci sous nos yeux, sans toutefois tomber dans la facilité de brosser un simple tableau des difficultés que peuvent vivre des enfants laissés-pour-compte. Il évite ainsi adroitement l’écueil de sombrer dans le misérabilisme, en n’expliquant pas forcément chacun des faits et gestes des protagonistes. Sous la plume trempée de pudeur, le lecteur devient le simple témoin d’un récit qui se déroule à travers le regard d’enfants, sans jugement ni a priori.

Le ton est tantôt sombre et triste, tantôt léger et désinvolte. Cette variation dans l’intensité des émotions et dans la gravité des enjeux permet de s’imprégner aisément de l’ambiance quotidienne du foyer. Les scènes de petits déjeuners ou de rédaction des devoirs scolaires succèdent aux scènes de détresse qui suivent une réunion douloureuse avec un parent ou une fugue de la pension.

Le dessin de Matsumoto, reconnaissable entre mille, échappe totalement aux codes du manga. Il possède une texture et une chaleur unique. La pluie, les paysages, le ciel, tout semble tangible et vivant. Sunny est un manga empreint de tendresse et de mélancolie. C’est une œuvre profondément humaine qui traite de l’enfance avec toute la candeur et l’intensité qui caractérisent les enfants.

Sunny est un véritable incontournable, non pas uniquement pour les lecteurs de manga, mais pour tous les lecteurs de bande dessinée.

Sunny

Auteur : Taiyô Matsumoto

Éditeur : Kana

Série en français : 6 tomes (terminée)

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