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source : Perceval, éd. Le Lombard, 2016.

par Mathieu T 

Le mythe arthurien est une source inépuisable d’interprétation et d’adaptation, la dernière en date est le film King Arthur : Legend of the sword du cinéaste Guy Ritchie qui sortira au mois de mai. Il faut dire que la légende de la Table ronde et tout ce qui l’entoure (haha !) est à la base même de notre littérature occidentale : quêtes impossibles, personnages grandioses, effroyables tragédies, pouvoir, meurtres, valeurs chevaleresques et j’en passe. La bande dessinée a aussi énormément donné et je vous recommande chaudement les neuf volumes de la série Arthur (Delcourt) de Chauvel et Lereculey. Du bonbon.

Un jeune homme se promène en forêt assis sur un cerf. Il est beau et son regard est profond comme l’océan. Une pie bavarde vient le voir et lui explique que son bonheur est relatif puisqu’il n’est jamais sorti de sa forêt et n’a jamais vu le monde. Le jeune homme est perplexe, mais au même moment, une troupe de chevaliers traverse le chemin et vient à sa rencontre. Leur armure magnifique brille sous le soleil. Le jeune homme n’a jamais rien vu de si beau. C’est dit, il se rendra à la cours du roi Arthur pour devenir chevalier.

Le récit de Perceval est divisé en plusieurs chapitres habilement interreliés entre eux. Anne-Caroline Pandolfo, loin de tomber dans le bateau de la surabondance et de la testostérone, garde son propos à la plus simple expression comme son héros. Elle prend son temps pour tisser les liens uniques entre Perceval, en quête de son propre nom, et son père, Arthur et les autres chevaliers. Pour pimenter son épopée, Pandolfo fait appel à la pie, véritable objecteur de conscience et le Malin, toujours prêt à tromper les héros trop sûr d’eux-mêmes.

Là où la bédé brille de tous ses feux, c’est au dessin. Terkel Risbjerg a concocté un mélange extraordinaire d’images naïves rappelant à la fois les peintures du 14e siècle et la folie de Brueghel et Bosh et a utilisé des textures alternant les couleurs vives et le noir. L’esprit pur de Perceval transcende l’histoire et le lecteur se sent complètement immergé. Des cases aux formes indéfinies accentuent encore plus ce sentiment de feuilleter un livre tiré d’une vieille bibliothèque moyenâgeuse.

Perceval est une réussite et nous ramène à l’essence de la noblesse du cœur.

9/10

Perceval

Auteurs : Anne-Caroline Pandolfo (scénario) Terkel Risbjerg (dessins)

Éditeur : Le Lombard (2016)

180 pages

source : Maruta, éd. Akileos, 2016.

Je me souviens encore quand j’ai fini de lire Block 109 (Akiloes), l’album de base paru en 2010 qui a établi les fondations de la série. Une uchronie dans laquelle Hitler se fait assassiner en 1941 ? Un nouvel ordre teutonique qui prend le contrôle de l’Europe ? Des robots ? Des zombies ? Une bouillie sans nom ? Contre toute attente, le récit fonctionne au quart de tour et le lecteur est rapidement happé dans ce monde violent et guerrier.

Par la suite, Vincent Brugeas a pondu au fil des ans six autres albums issus du même univers, de qualité très variable, passant du pas mal au très mauvais, couvrant ici et là certains pans du récit restés dans l’ombre. Maruta est donc le dernier en liste.

Worth et sa troupe sont des pirates qui patrouillent les eaux japonaises en quête de ressources à capturer et revendre. Un jour, ils tombent sur un vieux cargo. Le croyant abandonné, les pirates l’abordent et sont frappés d’horreur ; celui-ci a servi de laboratoire à un savant japonais qui y a effectué des expériences atroces sur des cobayes humains. Worth décident d’aider les pauvres êtres qui sont toujours en vie à combattre le professeur qui veut venir récupérer le fruit de son travail.

Depuis Frankenstein, le monstre qui s’attaque à son créateur est un thème qui revient constamment sans beaucoup de succès je dois dire et Maruta n’échappe pas à tous les clichés du genre : savant fou, créature rebelle, super soldat, sacrifice, pirates au grand cœur, etc. Le récit se lit sans réelle surprise sinon de lever les yeux au ciel tellement les ficelles sont grosses. Je vous parie ma chemise qu’avant la dixième page, vous saurez quel personnage va mourir à la fin pour sauver les autres.

Accompagné d’une superbe couverture, l’album est vraiment beau. Les dessins de Ryan Lovelock sont précis, vifs, assez réalistes et montrent bien tout l’horreur de la guerre et ses corolaires. Le lecteur se surprend à être intrigué par le matricule 28. C’est dommage que le scénario mince comme une galette de jour sans beurre ne soit pas à la hauteur.

5/10

Maruta

Auteurs : Vincen Brugeas (scénario) Ryan Lovelock (dessins)

Éditeur : Akiloes (2016)

66 pages

source : Les 500 premiers cadieux, éd. La mauvaise tête, 2016.

Moi-même enfant de l’une des plus grandes familles du Québec, je vous laisse deviner laquelle, j’ai mon lot d’anecdotes farfelues et improbables concernant nos nombreux party de famille. Mettre le feu au stock de crème soda de grand-maman ? Coché. Tricher aux cartes, aux dominos et aux poches ? Coché. Se prendre pour un orignal et chanter de l’opéra ? Coché. Avec Les 500 premiers Cadieux, le lecteur nage dans la même poutine.

Dès les premières pages, le ton est donné. Xavier veut amener sa douce Byanca à une grande réunion familiale dans le village perdu de Saint-Gus, mais il ne sait pas trop si c’est du côté de sa mère ou son père. Et puis ces boutons qui apparaissent partout sur son corps qui piquent… Valises faites, le couple s’embarque sur le chemin d’une aventure familiale délirante complétée au détour par l’histoire des Cadieux racontée par différents personnages.

Difficile de résumer une histoire aussi loufoque qui ressemble autant à du Monty Python sur l’acide que du Ionesco dans certains dialogues. Des blagues absurdes à toutes les pages (dont une sur Brian Mulroney qui m’a fait vraiment fait rire), un récit plein de cheveux coupés en quatre, des personnages au-delà de La petite vie. Il faut avoir l’esprit alerte pour tout suivre.

Curieusement, le dessin noir et blanc plein de détails inutiles de Xavier Cadieux m’a rappelé celui de Greg, à mi-chemin entre la bédé belge et le comics-strip quotidien. Il sied parfaitement au genre d’univers que tente de créer l’auteur.

Une franche rigolade.

7/10

Les 500 premiers Cadieux

Auteur : Xavier Cadieux

Éditeur : La mauvaise tête (2016)

500 pages (ou presque…) 

 

 

 

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