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source : Magical Girl Boy, éd. Akata, 2017.

par Mathieu T

Le manga possède ce don particulier d’explorer des univers biscornus, de créer des thématiques ridicules ou même de plaquer ensemble des concepts a priori antinomiques. Prenez la couverture du deuxième tome de Magical Girl Boy. Un garçon au regard décidé, prêt à tout, affublé d’une robe de petite princesse rose et blanche pleine de boucles tenant dans la main, comme un glaive menaçant, un long sceptre en forme de cœur tout mignon. On se dit tout de suite : c’est quoi cette connerie ? Mais madame la curiosité vient de frapper et le lecteur embarque sur le train fou de l’absurdité.

Saki est une adolescente qui chante dans un groupe de musique sans véritable succès. Elle est amoureuse de Mohiro, le grand frère de sa meilleure amie. Jusque-là tout va bien. C’est par la suite que ça déraille. Saki apprend que sa mère est une magical girl, un être avec des pouvoirs spéciaux qui protègent le monde des entités néfastes qui le parcourent. Un jour, sous la pression d’un vilain yakuza, Saki devient à son tour une magical girl, mais dans le corps d’un garçon. Quand elle se transforme, elle se révèle sous l’allure d’un mec musclé dans un habit de froufrou qui combat des brutes baraquées avec des têtes de teddy bear…

Passons vite sur le dessin efficace mais quelconque et attardons nous sur l’histoire. L’absurdité est à son comble, pas comme nous l’entendons, à la Monty Python par exemple, mais dans un esprit qui se rapproche de Ding et Dong sur l’acide. C’est débile, déglingué, avec 103 idées par pages, ça tire partout, il y a des trous dans le scénario, c’est franchement survolté et même énervant. Publié chez Dupuis ou Casterman, Magical Girl Boy serait une daube, mais il faut bien comprendre le contexte manga. Ici, le lecteur à affaire à du prêt-à-mâcher qui effectue très bien ce qu’il doit faire : divertir vite et bien.

Si vous aimez ce style, je vous recommande les autres titres de la collection WTF ?! du même éditeur.

Magical Girl Boy

Auteur : Môkon Icchokusen

Éditeur : Akata (2017)

Série terminée en deux tomes

source : Le comte de Monte-Cristo, éd. Kurokawa, 2017.

Il y a de ces œuvres qui traversent l’épreuve du temps et qui, quelle que soit la forme qu’elle prenne, viennent nous hanter encore et encore. Le récit d’Edmond Dantes, admirablement joué par Depardieu il y a quelques années, nous apparaît aujourd’hui sous la forme d’un manga et celui-ci n’échappe pas une terrible réalité : il est très difficile de mettre en cases un chef-d’œuvre de la littérature d’autant plus que le format restreint du manga et son type de dessin particulier augmente la possibilité d’échec.

D’ailleurs, à la fin du livre, l’auteure parle avec justesse de la difficulté du travail d’adaptation et du sentiment de frustration que peut ressentir le lecteur qui connaît bien l’œuvre originale en voyant certains passages modifiées ou omis. Reconnaissons que raconter le comte dans un manga de moins de 300 pages est tout un défi en soi.

Moriyama a pris le pari de coller à l’ambiance du livre autant par un dessin sérieux qui évite les grimaces inutiles qui plombent souvent les mangas adultes que par un suivi assez fidèle du récit. Il y a plusieurs scènes fortes et le passage d’Edmond dans la prison du Château d’If est prenant.

Rien ne vaut le texte original, bien évidemment, mais la très belle synthèse qu’en a fait Moriyama et la rapidité de lecture associé au genre manga en font une bédé parfaite pour un adolescent qui veut découvrir le merveilleux monde d’Alexandre Dumas.

Le comte de Monte-Cristo

Auteure : Ena Moriyama

Éditeur : Kurokawa (2017)

Histoire complète en un seul volume

 

 

 

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