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source : Montana 1948, éd. Sarbacane, 2017.

par Mathieu T

Je dois vous l’avouer, je ne suis pas fervent des titres de bédé poétiques type La pluie qui mangeait l’espoir ou autres bébelles obscures. Je n’ai pas de problème à travailler un peu du ciboulot, mais quand le titre d’une œuvre ne me dit rien, je la laisse sur l’étagère. Au contraire, Montana 1948, tiré d’une novella du même nom publiée en 1993 par l’écrivain Larry Watson, est franc, direct et accrocheur. Et si le lecteur s’attarde un peu à la couverture, il remarquera que tout ne semble pas rose au pays des badlands.

1948, Montana, États-Unis. Olsen est un jeune garçon sensible et intelligent dont le père, Wes, est le shériff du comté de Mercer, une vaste étendue de moins de deux mille habitants incluant une réserve amérindienne. Peuplé de fermes pauvres et de terres arides, le territoire de Wes est facile : bagarres à Bentrock, la seule vraie ville de la région, chicanes familiales et bétails égarés. Sa femme, luthérienne appliquée, aurait voulu qu’il soit avocat. Mais le métier paye bien et Wes aime se promener en camion sur les routes non-goudronnées du coin. Wes a aussi un frère, Frank, héros de guerre et médecin du comté. Un jour, Wes apprend que ce frère n’est pas aussi parfait qu’il le laisse paraître et qu’il agresse ses patientes amérindiennes. Vrai ? Faux ? C’est la fin de la tranquillité…

Montana 1948 met en place une histoire sordide dans une petite bourgade perdue. Et comme tout récit infâme bien écrit, l’âme humaine est sondée sous tous ses angles et éventrée et le résultat est souvent aussi noir que la tanière du loup. Pitz (et de facto Watson) réussit à merveille à nous plonger dans un puits sans fond, sans lumière, sans espoir. Utilisant comme jugement moral la narration du jeune Olsen, un être pas encore souillé par la méchanceté des hommes, Pitz construit une fable historique troublante qui se penche sur nos rapports récents avec les amérindiens avec une vérité qui fait peur.

Rien à dire sur le dessin de Pitz qui est réaliste tout en conservant sa part de bédé. Il en ressort une impression de classicisme et de machine bien huilée. Je voudrais tout de même faire une réflexion. J’aurais aimé que l’auteur sorte de ses gonds et nous peignent davantage l’ambiance et le climat du Montana. L’image est au service des mots, de manière efficace certes, mais le médium bédé doit aller plus loin qu’être un simple support scénaristique. Transposer une œuvre en bédé, c’est la relire avec des cases.

Au final, une bédé déchirante à l’enrobage un peu trop sobre.

7/10

Montana 1948

Auteur : Nicolas Pitz

Éditeur : Sarbacane (2017)

128 pages

source : Le 7e vert, éd. La Pastèque, 2017.

En général, je me débrouille bien dans tous les sports et si je ne performe pas à mon goût, je peux compenser par une bonne dose d’énergie (basketball), d’agressivité (hockey) ou d’intelligence (pichnotte). Je considère donc le golf comme mon anti-Mathieu et je ne compte plus les fois où j’ai regardé ma balle avec dégoût se perdre dans un petit boisé ou plonger sans scrupule dans une mare boueuse. Inutile de tricher, le golf demande une concentration et une technique à toute épreuve.

Dans Le 7e vert, Stéphane va chercher son père Serge, un retraité et peintre amateur, pour une partie de golf. Mais au-delà d’une belle journée père-fils à l’extérieur, Stéphane tente d’en s’avoir un peu plus sur le passé de son père et sur un drame qui a marqué la famille quand il était petit.

Dès les premières images, le ton est donné. Une biche broute calmement une touffe d’herbe sur un terrain de golf. Le ciel est clair et la lune bien installée dans le firmament. Paul Bordeleau prend le pari de nous présenter une histoire de golf qui évite de tomber dans l’humour de basse-cours et qui prend le temps de tisser une fine toile entre un père et son fils. Le récit est simple, sans grande surprise, mais les dialogues sonnent justes, ce qui est un art en soi. Les personnages sont humains et proches du lecteur. De plus, le contexte est crédible ; Bordeleau connaît bien son golf et parsèment son histoire de détails techniques amusants.

Le trait de Bordelau est naïf, détaillé et plein de vie, comme s’il était en perpétuel mouvement. Ses personnages sont encore une fois peints de manière réaliste. L’auteur utilise une chouette palette de couleurs aquarelles, navigant entre les différentes variantes de vert, de jaune et de gris, ce qui donne un ton très apaisant au scénario.

Un bel album tout en douceur et finesse.

8/10

Le 7e vert

Auteur : Paul Bordeleau

Éditeur : La Pastèque (2017)

92 pages

 

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