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Par Dany Rousseau :

Dargaud (2016) Berthet/Runberg

Lorsque l’on pense à polar, ligne claire, années 50, femmes fatales et pistolet, on ne peut s’empêcher de songer au dessinateur Philippe Berthet. C’est pourquoi lorsque nous le retrouvons à la barre de la collection « Ligne Noire » des éditions Dargaud, nous savons que ce poste n’est pas un contre-emploi pour le dessinateur de la série Pin-up (Dargaud). Pour Motorcity, le dernier né de la lignée, Berthet a choisi de s’adjoindre le scénariste Sylvain Runberg qui nous offre un polar à la sauce scandinave qui nous plonge dans un univers à peu près inconnu pour qui vit hors des frontières du pays d’Ikea, de l’inspecteur Wallander ou de Mats Näslund. En effet, les auteurs se penchent sur la sous-culture du raggare qui réunit des passionnés de la culture américaine des années 50.

Mouvement né à l’époque de la reconstruction après la Deuxième Guerre mondiale, l’entrée massive de bien de consommations « made in USA » qui en découla suite au plan Marshall, inspira plusieurs Suédois à adopter un mode de vie typiquement américain au royaume d’ABBA. De nos jours, les raggares portent toujours le cheveu gominé, le jeans, le t-shirt à la James Dean en roulant dans de vieilles Chevrolet 56 astiquées et remises à neuf. Ayant été plutôt violent et d’extrême droite dans les années 70, le mouvement marginal reste aujourd’hui associé à la campagne profonde, aux voyous alcooliques paumés et racistes. Sans plaider coupable pour toutes ces accusations, il faut avouer toutefois que les raggares ne sont quand même pas des enfants de chœur. Les batailles d’ivrognes et la petite délinquance sont monnaie courante.

Dargaud (2016) Berthet/Runberg

Motorcity raconte l’histoire de Lisa Forsberg, une jeune policière fraichement sortie de l’académie de police de Stockholm. Son père étant devenu veuf récemment, Lisa décide d’être affectée au commissariat de sa ville natale au centre du pays. Dès sa première journée, elle enquêtera sur la disparition d’un homme de 31 ans. Anton Wiger, appartenant à la culture raggare, devait participer au festival Motorcity réunissant ses congénères pour y parader sa vieille Pontiac et n’a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Ses parents commencent à s’inquiéter. Lisa et son collègue Érik se mettent donc sur la trace du jeune homme en questionnant et côtoyant des témoins liés à cette culture singulière. On apprendra vite que Lisa a été une raggare dans son adolescence où elle traversa une période turbulente. Ce passé lui permettra d’ouvrir certaines portes, mais la désavantagera au commissariat. En effet, aux yeux d’un collègue imbuvable, Lisa restera l’adolescente rebelle qu’il a arrêtée à l’âge de 15 ans pour le vol d’une bouteille de vodka.

Comme tout polar à la sauce Köttbullar, le crime sera glauque et le fin fond de l’histoire odieusement tordue. Déjà en page 10, lorsque l’on voit un homme cagoulé et enterré jusqu’au coup dans le sol d’une grange infestée de rats, on devine que nous ne naviguerons pas en eau calme. L’image est anxiogène et frôle l’horreur absolue.

Dargaud (2016) Berthet/Runberg

Motorcity est fidèle à la patte de Berthet qu’on reconnait dès la page couverture. Ses dessins sont toujours un plaisir et l’on sent qu’il s’en donne à cœur joie en représentant comme il l’aime les vieilles bagnoles américaines et les filles au style pin-up. Si le scénario est bien ficelé, la fin est un peu prévisible. Sans laisser deviner trop à l’avance les détails de l’intrigue, les grands axes sont néanmoins vite apparents, ce qui gâche un peu la sauce. Cependant, Motorcity reste un bon polar que l’on lit avec un certain plaisir. De plus, le scénario possède la qualité non négligeable de nous faire découvrir une culture fascinante et surprenante en plein cœur du pays de … Bon, ça suffit, je serai indulgent et ne vous imposerai pas un autre cliché boiteux suédois.

7/10

Motorcity

Auteurs : Sylvain Runberg (scénario) Philippe Berthet (dessins)

Éditeur : Dargaud; collection Ligne Noire (2016)

64 pages

 

 

 

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