Mots-clés

, , , ,

Par Dany Rousseau :

9782922827828_large

Mécanique générale (2017) Girard

Philippe Girard nous revient après quelques années d’absence avec un nouvel opus intitulé Le couperet (Mécanique générale). Je vous avouerai d’emblée que parler de cet album n’est pas évident tant l’auteur laisse place à différents niveaux d’interprétation dans ce récit à tiroir basé sur une triple narration. Tout démarre alors qu’un sinistre cuisinier entre pour son quart de travail au restaurant « Le Couperet » situé dans une ville anonyme qui se donne de petits airs européens. Tout au long du récit, on verra ce cuisinier dans de petites saynètes, comme des interludes déposés entre les différentes scènes de l’histoire principale. Ce cuisinier étrange s’amusera à mettre des objets inquiétants dans chacune de ses recettes. Des clous avec de la saucisse ou des lames de rasoir déposées esthétiquement dans une verrine. Au même moment, dans une salle privée du restaurant, des psychanalystes, émules de Carl Jung, sont réunis pour partager un grand souper et écouter l’histoire d’un de leur confrère qui expose un cas étrange. Son récit inquiétant raconte l’histoire d’un homme qui se rend à un rendez-vous galant où il demandera à sa dulcinée de l’épouser. Nerveux, après s’être peigné soigneusement, il se rendra à la bijouterie pour lui acheter une bague. Tout au long de son chemin, sa tignasse noire dont il était si fier 15 minutes auparavant commence à s’éclaircir dangereusement. Alors qu’il arrive à la bijouterie, il est presque chauve. Mais là ne s’arrête pas l’étrangeté de la situation. Alors qu’il dit au bijoutier qu’il va jeter un œil sur sa marchandise, son œil droit se met à trembler et tombe littéralement par terre. Étonné et paniqué, il utilisera dans sa conversation hébétée plusieurs expressions que nous connaissons tous et qui sont en rapport au corps. Vous devinerez évidemment qu’à chaque fois qu’il usera de ces images langagières, chacune se réalisera textuellement. Lorsqu’il dira « Les bras m’en tombent », vous imaginez la suite…

image

Mécanique générale (2017) Girard

Le communiqué de presse raconte que l’homme en question est complexé par son vieillissement. Que ses doutes face à sa grande demande sont peut-être responsables de son démembrement progressif. J’avouerai que je n’ai pas senti nécessairement les complexes dévorer l’infortuné héros de cette histoire. Toutefois, une chose est certaine, c’est que Girard s’amuse et s’éclate dans ce récit surréaliste où il joue avec les codes de l’histoire de l’art et la langue française. Nous sentons qu’il se régale en dessinant les effets littéraux des multiples expressions que nous utilisons tous sans songer à ce qu’elles impliqueraient comme conséquences si elles se concrétisaient. Même si cette idée n’est pas complètement originale, la façon dont l’exploite l’auteur reste intéressante et l’on peut trouver un certain plaisir à sa lecture. Cette bédé hors norme et audacieuse nous permet d’apprécier le dessin de Girard qui est toujours agréable avec ses couleurs éclatantes même si dans l’ensemble tout se déroule dans un univers plutôt sombre. Une aventure pour les lecteurs qui veulent essayer un album non conventionnel qui fait tourner nos méninges.

7.5/10

Le Couperet

Philippe Girard

Mécanique générale (2017)

105 pages

Advertisements