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source : Ivanhoé Backus, éd. La Pastèque, 2017.

par Mathieu T

Des fois, il me prend l’envie de tout sacrer par la fenêtre et de retourner à un vieux métier noble ; avoir un moulin, moudre son grain et faire du pain, cultiver sa terre et faire pousser des tomates pour les vendre au marché du village ou produire son vin minutieusement, année après année. Bien sûr, j’oublie que je serais à la merci de la température et des multiples unions des producteurs de machinchouette, mais il est permis de rêver.

Odeur de terre humide et couleur du soleil levant, les premières pages d’Ivanhoé Backus me ramènent droit dans mon songe éveillé. Gaspard Backus cultive un lopin de terre collectif. À l’aide de son fils unique Ivanhoé, il fait pousser du raisin et tente de développer un bon vin. Mais le lecteur comprend vite par les remarques des autres vignobles que les Backus, de génération en génération, ne sont bons qu’à engendrer de la piquette et qu’il ne reste qu’un seul vieux tonneau à Gaspard pour surpasser ses ancêtres. Alors que pour la première fois de sa vie Ivanhoé participe au nettoyage du tonneau, il reste coincé à l’intérieur. De peur de casser son mythique réceptacle, Gaspard décide de faire sortir son fils seulement après la production du vin et miracle, ce millésime est de toute première qualité. Obsédé par son liquide, Gaspard Backus va laisser son fils dans le tonneau pendant des années.

J’ai tout de suite été emballé par le magnifique dessin de Nicolas André. Des couleurs uniques en opposition de ton, de larges cases campagnardes, un trait noir et vif qui respire les temps anciens, mais aussi la chaleur du soleil qui caresse les vignes, le goût du liquide rouge qui coule dans les gorges, le bruit du raisin broyé, chaque page est une belle expérience sensorielle.

source : Ivanhoé Backus, éd. La Pastèque, 2017.

Après un début tendre et triste, le récit prend rapidement une tournure imaginaire qui donne une chouette impression de lire un Pagnol version fantastique. Malheureusement, la sortie du fils du tonneau, vers le milieu du bouquin, m’a laissé un peu perplexe, comme si l’auteur ne savait pas trop quoi faire de son héros. D’une critique sociale douce-amère, il passe à un récit abracadabrant qui perd le lecteur en cours de route. Un curieux détour scénaristique qui est bien dommage, car la finale reconnecte paisiblement avec l’esprit des premières pages.

7/10

Ivanhoé Backus

Auteur : Nicolas André

Éditeur : La Pastèque (2017)

116 pages

 

 

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