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source : Hypnos, éd. Le Lombard, 2017.

par Mathieu T

Je le dis et le répète souvent (probablement une chronique sur trois), la bande dessinée est un produit de consommation qui compétitionne les recettes de Ricardo, les romans de Nothomb et les toutous de P’tit Loup sur les étagères de nos librairies préférées. Il est donc impératif que l’emballage soit attrayant et rien ne me désole plus qu’un album de mauvaise qualité ou pire encore, une page frontispice laide. Fort heureusement, Hypnos (Le Lombard) et Mort & vif (Futuropolis), nos bédés du jour, ont appris la leçon ; dès le premier regard sur ces magnifiques pages couvertures, le lecteur est pris d’une folle fébrilité.

Hypnos débute en 1919. La France s’extirpe péniblement de la guerre et le président Clémenceau, le Tigre, prépare la Conférence de la paix. Mais à l’Est, les bolchéviques viennent de prendre le pouvoir et des groupuscules anarchistes grenouillent un peu partout en Europe. Les services secrets français ont terriblement peur d’un attentat contre leur président. Sur une plus petite échelle, Camille, pour pouvoir offrir des traitements médicaux à sa fille malade, décide d’essayer ses pouvoir d’hypnose (elle a été longtemps l’assistante de son défunt mari, un grand magicien) et de cambrioler un riche bourgeois. Malheureusement, ce haut fonctionnaire traînait avec lui des papiers importants. Camille vient de mettre la main (et les yeux, héhé), dans un inéluctable engrenage politique.

Disons tout-de-suite, Hypnos est une belle surprise et le premier tome est diablement efficace. Le récit est prenant et relie habilement la grande Histoire à la petite réalité. Rien de compliqué, mais tous les éléments sont à leur place et crédibles. Parsemée de personnage intrigants, la bédé nous offre une héroïne tout en nuance, au passé complexe certes, mais intelligente, débrouillarde et surtout, mère de famille. Une très belle création.

Je n’ai pas été renversé par le dessin d’Attila Futaki, mais il est énergique et le souci du détail et du respect historique de chaque case rend la lecture fluide. Il se moule parfaitement bien à l’intrigue et j’aime beaucoup sa Camille, forte et délicate à la fois.

Franchement, un excellent début.

8,5/10

Hypnos tome 1 L’apprentie

Auteurs : Laurent Galandon (scénario) Attila Futaki (dessins)

Éditeur : Le Lombard (2017)

56 pages

source : Mort & vif, éd. Futuropolis, 2017.

Ouf. Voilà un objet qui nous amène très loin des sentiers battus. Mais allons-y. Philippe Moline travaille dans une usine d’ouvre-boîtes et de clés à sardines. Un soir, en rentrant chez lui le manteau plein de clés volées pour construire une tour Eiffel, il trouve un message de sa copine Patricia qui lui annonce qu’elle le quitte. Pour se venger, il va saoûler au bar du coin et demande à son copain Ludo d’appeler Patricia et de lui dire qu’il venait de se suicider.

Comme on dit chez nous, Mort & vif « fait du bien par où ça passe ». Grinçante, farfelue, drôle, décalée, dérangée, poussant une réflexion sur la mort qui dépasse les banalités trop souvent entendues, la bédé propose un parcourt du combattant complètement à l’antithèse de notre société hyper aseptisée dans laquelle on ne peut plus appeler un chat, un chat. Sur la route de la vérité, Moline croisera toutes sortes d’individus dont une espèce d’hippie particulièrement attachant qui lui fera comprendre le sens du carpe diem.

En plus de cette histoire en porte-à-faux, l’idée de génie des auteurs fut de dessiner le personnage principal comme une longue silhouette noire sans le moindre détail. Ombre de lui-même, reflet sombre de la vie, ange de la mort se regardant dans le miroir, Philippe Moline, dans toute son obscurité, plonge son regard naïf et presque nouveau, comme une peau retournée sur elle-même, sur une société imbue, grasse et triste.

Un ovni.

8/10

Mort & vif

Auteurs : Jef Hautot (scénario) David Prudhomme (dessins)

Éditeur : Futuropolis (2017)

80 pages

 

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