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source : Et il foula la terre avec légèreté, éd. Futuropolis, 2017.

par Mathieu T

Même si la langue anglaise domine le portrait universel depuis des lustres, l’expression « graphic novel », ou roman graphique si vous préférez, a plus ou moins été intégrée au vocabulaire francophone. Le lecteur parle encore plus facilement de bédé d’auteur que de roman graphique. C’est un peu dommage car j’aime la présence du mot « graphic » qui met justement l’emphase sur la primauté des images et sur leur pouvoir d’évocation. Et il foula la terre avec légèreté est en ce sens un roman graphique pur jus.

Comme dans tout bon film qui se respecte, le récit démarre bien avant l’apparition du titre à l’écran. Un homme nu est couché dans un lit près d’une femme. Ils dorment. Leur corps est inondé de la douce lumière orangée de l’aube naissante. L’homme se lève, boit un café et emplit son sac à dos. Dans la dernière case, la femme, appuyée sur un cadre de porte, le regarde les yeux pleins d’amour et d’inquiétude. C’est le début de la route vers la sérénité.

Le récit est tout simple. Ethan est un jeune ingénieur qui se rend en Norvège pour y faire l’étude des sols et du territoire pour une grosse compagnie pétrolière. Son voyage scientifique se transformera peu à peu en expérience poétique et plus il travaillera les sols, plus il creusera en lui-même.

source : Et il foula la terre avec légèreté, éd. Futuropolis, 2017.

Dans la plupart de nos critiques, souvent par soucis de clarté et d’objectivité, nous nous attardons d’une part au texte et de l’autre au dessin, sachant très bien qu’ils sont profondément liés. Dans Et il foula la terre avec légèreté, leur relation est si intime, comme un couple passionné en plein danse de séduction, que les qualificatifs de l’un s’appliquent aussi à l’autre. D’une suite d’images superbes du grand nord norvégien aux rencontres fortuites pleines de douceurs, l’album se dévoile lentement sous nos yeux ébahis comme un paysage caché au détour de la route. Les dialogues précis sur la valeur du territoire s’entremêlent avec les cases impressionnistes et naturalistes pour créer un état second de contemplation, exactement comme ce qui se passe dans la tête d’Ethan. Débute alors un constant va-et-vient entre deux systèmes de valeurs, celui que le jeune parisien représente et celui que la vie norvégienne lui propose et rarement le lecteur n’aura été autant en communion avec son personnage principal. Nous embarquons tous pour une extraordinaire croisière au bout de notre monde dont la finalité reste à déchiffrer dans le ciel.

source : Et il foula la terre avec légèreté, éd. Futuropolis, 2017.

En terminant la lecture de cet album, je me suis longuement demandé comment les deux auteurs ont travaillé, si eux aussi, à l’image de leur œuvre, sont entrés dans cette espèce de transe métaphysique qui parsème le chemin d’Ethan.

9/10

Et il foula la terre avec légèreté

Auteurs : Mathilde Ramadier (scénario) Laurent Bonneau (dessins)

Éditeur : Futuropolis (2017)

166 pages

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