Mots-clés

, , , , , , , , , , ,

Par Dany Rousseau

henriquetLhommeReine

Delcourt/Mirage (2017) Guérineau

Après avoir dessinée l’adaptation du récit historique Charly 9 (Delcourt/Mirage) sur un scénario de l’auteur Jean Tulle, le dessinateur Richard Guérineau reprend les pinceaux pour revenir au Louvre, seul cette fois, à l’époque où catholiques et protestants se massacraient joyeusement partout à travers la France. Charly 9 publié en 2014 racontait l’histoire de Charles IX, ce roi timoré et faible qui avait, sous la pression de sa mère Catherine de Médicis, autorisé le massacre de la Saint-Barthélemy lors du mariage de sa sœur Marguerite à Henri de Navarre, le chef de file du parti protestant. Alors que Paris hébergeait toute la noblesse huguenote de France venue pour célébrer l’union des deux cultes, les catholiques, sous approbation royale, avaient arraché de leur lit et assassiné plus de deux cents protestants dans la nuit du 24 août 1572. Déchiré par les regrets, le roi Charly 9 (appelé ainsi dans le livre de Tulle) s’éteignait, après une longue agonie, dans sa couche couverte de sang en 1574. Dans Henriquet l’homme-reine (Delcourt/Mirage), Guérineau nous concocte une espèce de suite en nous racontant le destin d’Henri III, le frère de Charles IX, qui prendra sa succession.

henriquet-1

Delcourt/Mirage (2017) Guérineau

Henri III ne devait pas devenir roi de France; il fut rappelé de Pologne où il régnait depuis 1573. Sans entrain, il se voit confier une France au bord du gouffre avec des coffres à sec et empêtrée dans des conflits religieux. Les Ligues catholiques des De Guise, le parti protestant du Prince de Condé et les Malcontents qui réunissent les catholiques alliés des protestants, dirigés par François d’Alençon frère du roi, tissent des complots et sont sur le point de s’étriper. Le nouveau souverain doit donc naviguer en eau trouble pour conserver la cohésion du royaume et arrêter le bain de sang.

Les quatre guerres de religion qui éclateront sous le règne d’Henri III (1574-1589) auront au final raison de son autorité. Malgré ses grands talents de négociateurs, ses manières excentriques contribueront elles aussi à miner son pouvoir. S’entourant de jeunes nobles qu’il appellera ses mignons, en portant des tenues extravagantes, en enfilant parfois des robes et en se fardant comme une femme, on soupçonnera naturellement le roi de commettre des péchés contre nature. Si on ajoute au tableau son incapacité d’offrir un dauphin à ses sujets et ses habitudes d’organiser de grandes fêtes qui dégénèreront souvent en orgie, on peut imaginer rapidement les pires rumeurs. Par exemple, en voulant interdire les armes dans le palais, Henri III proscrira la braguette des pantalons afin d’éviter d’en sortir un pistolet ou une dague. Aussitôt, on reprendra partout dans le pays que le roi a fait interdire la braguette pour l’aider à oublier qu’il est un homme!

2129_P8Vous comprendrez que le récit dense agrémenté d’intrigues, d’alliances et de luttes de pouvoir complique un peu ma tâche de résumer à sa juste valeur cette passionnante bande dessinée. Cependant, je peux vous garantir que la lecture d’Henriquet reste toujours ludique. Le langage goguenard rabelaisien agréablement reproduit par Gérineau est un véritable plaisir. Les expressions fleuries abondent et nous donnent le goût d’en noter pour les réutiliser dans une conversation entre amis. Un autre point positif de cet album est sans doute le retour des pastiches graphique auxquelles le dessinateur avait recouru dans Charly 9. Pour Henriquet, Guérineau nous surprend en pages 8 et 9 en nous expliquant le contexte historique dans lequel son récit se déroulera avec un dessin très académique qui nous rappelle évidemment L’histoire de France en bande dessinée publiée chez Larousse dans les années 70. Ces petits moments rigolos rendent le récit beaucoup plus digeste que si l’on nous présentait des tableaux historiques alignés les uns derrière les autres.

Il est audacieux aujourd’hui de prétendre intéresser des lecteurs de bande dessinée grand public avec le règne d’Henri III qui serait presque complètement oublié si ce n’était du sublime roman d’Alexandre Dumas La reine Margot. Guérineau réussit toutefois son pari. Sans nous prendre la tête, nous en apprenons sur une période importante de l’histoire de France et indirectement du Canada (je ne m’éparpillerai pas ici). L’assassinat d’Henri III en 1589 par un moine fanatique provoquera la mort de la branche des Valois. Sans descendant, le trône reviendra à Henri de Navarre qui devra abjurer une deuxième fois sa foi protestante pour devenir Henri IV protecteur de Samuel de Champlain.

8.5/10

Henriquet L’homme reine

Auteur : Richard Guérineau (scénario et dessins)

Éditeur : Delcourt/Mirage (2017)

192 pages

Advertisements