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Par Dany Rousseau :

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Rue de Sèvres (2017) Matz/Jef

Venant d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, je frotterai ma barbe tel un vieux sage et je vous lancerai en introduction de ma première critique de la rentrée : « Vous autres les jeunes, vous n’avez pas connu ça la télé avec juste deux postes ! ». Les jeunes en question écarquilleront sans doute les yeux, se demanderont comment ma génération a fait pour passer à travers la vie avec seulement Radio-Canada et Télé-Métropole à se mettre sous la dent. Je leur répondrai, comme un survivant de l’enfer de Verdun, que lorsque les après-midis d’été se faisaient pluvieux, lorsque ma pile de bédés à lire était mince, je pouvais toujours regarder avec plaisir un western sur une de ces deux chaînes qui diffusaient presque quotidiennement des histoires de cow-boys et d’Indiens. C’est ainsi que j’appris très tôt l’existence de Geronimo, ce héros apache qui tint tête autant aux Mexicains qu’aux Américains. C’est aussi pour cette raison qu’en recevant le Geronimo (Rue de Sèvre) du scénariste Matz et du dessinateur Jef ma curiosité fut fortement piquée.

Dans cette bédé biographique, nous assistons au destin fascinant de Goyahkla, le chaman de la tribu apache Bedonkohe, qui voit sa famille massacrée par l’armée mexicaine lors d’un arrêt dans la ville de Janos en 1851. À partir de cet instant, l’homme à qui le dieu Usen parle ne vit plus que pour se venger. Retournés sur leurs terres ancestrales en Arizona, les survivants des Bedonkohe réussissent sous l’impulsion de Geronimo et du chef Mangas Coloradas, à convaincre les trois autres tribus apaches de ne pas laisser cet affront impuni. Quelques mois plus tard, plusieurs dizaines de guerriers retourneront au Mexique pour affronter un détachement de soldat. Goyahkla lavera sa peine dans le sang et portera dès lors le nom de guerre de Geronimo. Après cette expédition punitive, un long conflit s’engagera non seulement avec les Mexicains, mais aussi avec les Américains, afin de stopper leur appétit de nouvelle terre. En effet, les incursions en territoire apache se font de plus en plus insistantes et inquiètent les Indiens.

Après des années de guerre et de massacres, Washington sera sans pitié dans sa lutte contre les Apaches. Les blancs passeront rapidement d’une stratégie guerrière classique à une violence aveugle et à un génocide qui ne dit pas encore son nom. La faim sera utilisée comme arme de destruction massive. L’armée enflammera des millions d’hectares de prairies afin de faire disparaître le gibier et d’affamer la nation de Geronimo. En 1871, de guerre lasse, les apaches dirigés par Cochise demanderont la paix et seront parqués dans des réserves.

N’acceptant pas cette situation et dégouté par les promesses non tenues de la part des « yeux clairs », Geronimo prendra la tête d’une guérilla et se retranchera dans les montagnes. Apparaissant et disparaissant à volonté grâce à leur excellente connaissance du territoire, les Indiens pilleront et sèmeront la terreur chez les colons arrivant de l’Est. Il faudra des milliers de soldats mexicains et américains et de nombreux mois pour enfin venir à bout de Geronimo et de ses 39 guerriers, qui se rendront finalement en septembre 1886.

Geronimo a le mérite de nous renseigner et nous fournir une trame narrative claire. La vie du résistant apache est bien résumée en 120 pages, mais ne réinvente rien. Le récit biographique reste classique dans son emballage et sa présentation. Je me répèterai sans doute, mais la biographie est un genre difficile en bédé. Elle prend souvent l’aspect, comme ici, d’une suite de courtes saynètes avec plus ou moins de liens nous permettant d’en apprendre davantage sur un personnage. Encore une fois ce processus me laisse malheureusement froid. Lorsque l’on songe à des bios nettement plus éclatées et dynamiques comme celle de Magritte (Ceci n’est pas une biographie), j’ai l’impression qu’il y a peut-être moyen de réinventer le genre pour qu’il s’adapte mieux au 9e art.

Le dessin de Jef avec ses tons orangés et lumineux rend bien les paysages à couper le souffle du Nouveau-Mexique et de l’Arizona. Cependant, les visages des personnages sont mal définis et il est parfois difficile de distinguer les protagonistes. Sans rien enlever à la qualité documentaire de cette œuvre, Geronimo reste un personnage certes passionnant à découvrir, mais le travail de Matz et Jef aurait pu faire preuve d’un peu plus d’audace.

7/10

Geronimo

Auteurs : Matz (scénario) Jef (dessins)

Éditeur : Rue de Sèvre (2017)

120 pages

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