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Par Dany Rousseau :

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Pow Pow (2017) Cantin

Nous l’attendions tous : le deuxième et dernier tome de Whitehorse (Pow Pow) de Samuel Cantin est enfin arrivé chez notre libraire. Rappelons-nous que le premier volet nous avait laissés avec un Henri Castagnette complètement démonté qui venait tout juste de constater que Laura, son amoureuse, était partie en douce durant la nuit pour Whitehorse au Yukon afin de rejoindre l’équipe de tournage de l’iconique et insupportable réalisateur au « man buns » Sylvain Pastrami.

Nous nous retrouvons donc, à l’ouverture de ce nouveau chapitre, un mois après le départ de Laura. Même si Henri fréquente maintenant Barbara qu’il dit aimer, mais répète constamment qu’elle a manqué d’air à la naissance, il est toujours aussi instable et intense. Il a mis de côté son idée de roman ayant pour sujet Pépin le Bref (714-768) et décide de partir au Yukon avec son ami Diego afin de récupérer sa douce. Embarqué avec son compère sur un deltaplane, Henri est entraîné dans une course contre la montre. Il sait qu’il ne lui reste que deux ans à vivre et il sent que le syndrome de la tortue — diagnostiqué par le docteur Von Strudel dans le premier volet — le ronge et ne lui laissera pas de sursis. Il a déjà l’impression que ses genoux commencent leur rotation vers l’intérieur et l’affaissement de sa tête dans son thorax est imminent. Au courant de l’arrivée de l’amoureux éconduit, Pastrami mettra à l’œuvre son homme de confiance, Sébastien, âgé de 12 ans et cousin de Diego. L’enfant devra tout faire en son pouvoir pour que Castagnette n’atteigne pas Whitehorse. Considéré comme un sage et un oracle, Sébastien est aussi millionnaire et malgré tout l’âme damnée de Pastrami qui lui fait accomplir toutes ses basses œuvres.

Comme vous pouvez le constater après ce bref résumé des cinquante premières pages, le monde de Whitehorse est plus déjanté que jamais. Nous baignons dans un absurde brillant et hilarant. Si Cantin avait flirté un peu avec le réalisme dans le tome 1 (réalisme ne veut pas dire crédibilité), dans ce chapitre final, nous nageons parfois en pleine fantasmagorie. Un simple exemple. Dans l’imagination de Cantin, la ville de Whitehorse s’avère être installée au pied d’un volcan et survolée en permanence par des pélicans géants, agressifs et mangeurs d’hommes.

Dans son univers, Sylvain Pastrami est considéré comme un Dieu vivant où il fait régner la terreur en distribuant les menaces de mort aux membres de son équipe qui oseraient le défier. La seule personne avec laquelle il démontre une certaine douceur est Laura, qu’il tente par tous les moyens de charmer. Pour ce faire, il ne lésine pas avec ses déclarations brûlantes à son égard. Il lui affirmera même à un moment donné qu’il l’aime comme « le Québec aime Guylaine Tremblay ! » C’est vous dire l’amour que cet adepte de l’amaroli — thérapie qui consiste à boire sa propre urine — a pour son actrice principale. Cependant, Laura trouve de plus en plus bizarre et inquiétant le génie moderne du septième art. Surtout depuis qu’elle a appris qu’elle devra jouer le rôle d’une fille s’extirpant nue de la carcasse d’un caribou ! Pastrami est prêt à tout pour qu’au final on interprète son œuvre maitresse comme un gros « Fuck You » à la série Un gars, une fille.

Avec Cantin nous flirtons toujours avec l’inattendu et la folie. Cependant, lorsque l’on fait de l’humour absurde, la ligne est souvent mince entre le « n’importe quoi » et l’éclat de rire. L’auteur, qui excelle dans le genre, n’outre dépasse presque jamais cette fine limite, sauf peut-être dans quelques scènes un peu trop longues et chargées de monologues touffus. Mais il ne faut point bouder son plaisir. Je considère ces simples fausses notes comme étant les risques inhérents au travail d’équilibriste qu’exécute à merveille l’auteur. Selon moi, dans sa niche de création, trash et étrange, Cantin est probablement parmi les plus brillants scénaristes comiques de sa génération. D’ailleurs, sa bande dessinée Vil et misérable (Pow Pow) doit être adaptée au cinéma et il écrit présentement une série web, Sylvain le magnifique, qui mettra entre autres en vedette Julien Corriveau, membre des Appendices, qui est aussi maître du genre. Comme toujours, les répliques des personnages de Cantin sont efficaces et punchées. L’auteur montre une nouvelle fois ses grands talents de dialoguiste. Bref que des bons mots pour ce chapitre final de Whitehorse qui est une bibitte étrange dans l’univers de la BDQ, mais qui s’avère essentiel. Au risque de me répéter, je mentionnerai aussi l’audace de Luc Bossé des éditions Pow Pow qui n’hésite pas à nous faire découvrir des artisans iconoclastes qui brassent la cabane.

8.5/10

Whitehorse t.2

Auteur : Samuel Cantin (dessins et scénario)

Éditeur : Pow Pow (2017)

332 pages

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