Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Par Dany Rousseau :

Plus près de toi (Première partie)

9782800163000-couv-M800x1600

Dupuis-Air Libre (2017) Fournier/Kris

Au XIXe et XXe siècle, les empires coloniaux ne se sont pas contentés d’exploiter économiquement les peuples sous leur gouverne. Les mères patrie britanniques et françaises ont aussi fait appel à leurs colonies chaque fois qu’elles ont dû prendre les armes contre un voisin qui la plupart du temps était l’Allemand. Des milliers d’hommes qui n’avaient rien à faire des problèmes de Londres ou Paris durent enfiler l’uniforme, quitter le Sénégal, l’Algérie, l’Inde, le Canada ou l’Australie et partir se faire tuer sur une terre qui leur étaient complètement étrangère, pour une nation qui ne les reconnaissait pas à leur juste valeur. C’est l’histoire de l’un d’entre eux que nous racontent Kris et Jean-Claude Fournier dans le premier volet de leur diptyque Plus près de toi (Dupuis/Air Libre).

En 1940, Addi est un séminariste lettré de Dakar au Sénégal. Alors qu’il sera ordonné prêtre dans trois mois, la guerre éclate. La famille Touré étant une famille de chef, le père Dembas ayant servi la métropole en 14-18, Addi n’a pas d’autre choix que d’imiter son paternel. Débarqué avec les tirailleurs sénégalais avec le grade de sergent, Addi arrive tout juste pour assister à la débâcle de juin 40 et se confronter à la barbarie nazie. Pour ces derniers, la peau d’un noir ne vaut pas le prix de la balle qui la perce. Sous ses yeux, Addi verra des frères d’armes se faire assassiner lâchement par l’envahisseur qui refuse de considérer les combattants d’origine africaine comme des prisonniers de guerre. Heureusement, le sergent Addi et sa troupe échapperont à cette sauvagerie en étant enfermés dans un camp en Bretagne. Dans ce stalag où les détenus servent de main-d’œuvre agricole pour les paisibles fermiers locaux, la vie est assez douce. Les gardiens y sont humains et les sorties au village fréquentes. On en oublie presque la guerre.  Addi y rencontre alors Jeanne, infirmière dans le camp avec qui il liera une relation qui s’avèrera compliquée.

 Plus près de toi est bien sûr une mise en bouche, mais déjà nous sommes curieux de connaitre la suite. Le sujet des « indigènes » venues mourir pour leur « ancêtre Gaulois » est richement traité depuis quelques années, cependant Kris trouve ici un filon original à exploiter et il le fait avec grande intelligence. La ligne claire d’un vieux routier comme Jean-Claude Fournier laisse transpirer une fausse naïveté qui ne bluffe personne. Ce dessin empreint d’une certaine légèreté n’en est que plus percutant lorsque l’on se frotte au drame réel. Il nous tarde de découvrir la deuxième partie où l’on nous promet que la tragédie rattrapera les héros.

8/10

Plus près de toi; Première partie

Auteurs : Kris (scénario) Jean-Claude Fournier (dessins)

Éditeur : Dupuis/Air Libre (2017)

66 pages

 

Les Vieux Fourneaux; 4. La magicienne

les-vieux-fourneaux-tome-4-la-magicienne

Dargaud (2017) Lugano/Cauuet

Dans le quatrième chapitre de la série Les vieux fourneaux (Dargaud) du duo Lupano-Cauuet, nous retrouvons notre trio de séniors avec plaisir. L’aventure s’ouvre sur Antoine qui a accompagné tout l’été sa petite fille Sophie en tournée partout dans le Sud-Ouest avec son théâtre « Le Loup en slip ». Une fois de retour à Tarn-et-Garonne, Antoine apprend que le projet d’agrandissement de l’usine de Garan-Servier qui promettait des centaines d’emplois est compromis. En effet, l’on vient de découvrir une espèce de sauterelle rare – la magicienne dentelée – qui vit dans le champ convoité par l’entreprise. L’insecte, protégé par une réglementation européenne, transforme immédiatement le terrain en ZAD (Zone À Défendre) et attire toute une ribambelle d’écolos babas cool venus appuyer la cause de la « magicienne ». Pour Antoine, c’est inacceptable; une conne de sauterelle n’empêchera pas l’usine d’offrir des emplois aux jeunes de la région. Cet espoir était pour lui et bien d’autres habitants du village une solution viable à l’exode rural. Comme un malheur n’arrive jamais seul, Pierrot débarque directement de Paris avec son groupe anarchiste du troisième âge, Ni yeux, ni maître, pour porter main forte aux écologistes!

Une fois la surprise des premiers tomes passée, cette série reste drôle et agréable à lire. Les Vieux fourneaux sont une joyeuse bande que l’on retrouve toujours avec satisfaction. On se délecte encore autant des plans foireux d’Antoine, Pierrot et Mimile, ainsi que de leurs engueulades épiques. Dans la bonne humeur, les auteurs réussissent toujours à sensibiliser le lecteur à des questions sociales qui leur tiennent à cœur. Dans la Magicienne, le conflit entre Antoine et Pierrot exprime toute la problématique opposant les gens des régions, qui cherchent des solutions à leurs problèmes économiques endémiques et les citadins bobos, qui essaient d’imposer leur « bien-pensance » chez les ruraux. Donc un bon quatrième volet que vous pouvez ajouter à votre collection, nous n’en sommes pas encore à l’album de trop.

8/10

Les Vieux fourneaux; tome 4 La Magicienne

Auteurs : Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet ( dessins)

Éditeurs : Dargaud (2016)

56 pages

 

Four Ramones

790601_01

Futuropolis (2017)Cadène/Bétancourt/Cartier

Emblème du punk-rock des années 70 et 80, le groupe mythique des Ramones fait l’objet d’une bédé biographique réalisée par les scénaristes Bruno Cadène, Xavier Betaucourt et du dessinateur Éric Cartier. Publié chez Futuropolis, Four Ramones débute en 1996, alors que Dee Dee Ramones s’apprête à monter sur scène à Buenos Aires pour la tournée d’adieu du groupe. À l’aide de flash-back, nous assisterons à l’histoire chaotique de la formation créée en 1974 par quatre jeunes de la banlieue de New York : Joey, Johnny, Tommy et Dee Dee, qui portaient tous le patronyme de Ramone en référence au pseudonyme que se donnait Paul Macartney lorsqu’il voulait passer inaperçu. Composé de trois ados immatures, toxicomanes, mésadaptés et d’un autre tenant le groupe d’une main fer, les Ramones sont un ovni dans le monde musical de l’époque. La montée vers la gloire sera longue, pavée d’embuches et complètement drogue, sexe et rock n’roll. Malgré un succès international monstrueux, au final, ils ne rencontreront jamais le même succès aux États-Unis.

Cette bédé est destinée à un lectorat spécialisé. Si comme moi, votre connaissance des Ramones se limite à quelques chansons ayant bercées votre adolescence, vous serez la plupart du temps perdu dans ce scénario brouillon. Un découpage saccadé se contentant d’aligner de courtes scènes avec des liens douteux empêche la bonne compréhension du propos. Les retours à Buenos Aires en 1996 causent à de nombreuses reprises la confusion chez le lecteur. De plus, le dessin de Cartier ne nous permet pas de distinguer parfaitement chaque membre du groupe qui se ressemble un peu trop. Plusieurs notes à la fin de l’album sont destinées à éclairer l’action, mais du coup, lorsque l’on est obligé de donner autant de détails pour rendre l’ensemble graphique intelligible, on se demande si l’on n’aurait pas pu se contenter d’écrire une monographie et non une bédé. Pour maître ès arts en Ramones seulement.

5/10

One, Two, Three, Four Ramones

Auteurs : Bruno Cadène, Xavier Bétaucourt  (scénario) Éric Cartier (Dessins)

Éditeur : Futuropolis (2017)

84 pages

Advertisements