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Par Dany Rousseau :

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Dargaud (2017) Marini

Elle était attendue depuis belle lurette et toute la planète francophone du 9e art, amateure de superhéros, était curieuse et fébrile de découvrir la bête. Pour la première fois, DC comics confiait à un bédéiste de tradition franco-belge le mandat de réaliser une aventure de Batman originale et rédigée en français. Après avoir étudié les travaux de différents artistes, le choix des Américains s’est arrêté sur Enrico Marini, dessinateur des séries Le Scorpion et Les Aigles de Rome, toutes deux publiées chez Dargaud. C’est encore pour la même maison — qui possède aussi Urban Comics éditeur de DC en français — que paraît Batman ; The Dark Prince Charming, premier tome d’un diptyque complètement indépendant de la chronologie officielle de Batman.

DC a donné à Marini carte blanche en lui cédant les clés de Gotham avec la permission de s’amuser avec ses jouets inestimables pour tout admirateur du chevalier noir. À la lecture, le plaisir de l’auteur est évident et il s’éclate en intégrant quelques-uns des personnages les plus emblématiques de la saga comme Catwoman, le Joker, le commissaire Gordon et Harley Quinn. En évitant de se perdre dans un monde qui offre trop de possibilités, Marini nous présente une histoire classique de Batman, simple et linéaire.

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Dargaud (2017) Marini

Après avoir connu un échec lamentable sur son dernier coup, le Joker surprend à la télé une nouvelle opportunité d’affaires. Une femme affirme que sa fille de huit ans est l’enfant du milliardaire Bruce Wayne. En effet, Mariah Shelley, une ex-serveuse, réclame à Wayne 10 millions de dollars et une reconnaissance de paternité. Dès lors, le sinistre bouffon et sa sadique muse Harley Quinn, décident de profiter de l’occasion pour kidnapper la fillette et l’enfermer dans une cave sombre pour une raison encore floue. Bouleversé en apprenant la nouvelle, Bruce Wayne/Batman se mettra sur les traces de son ennemi juré. Il sillonnera Gotham et violentera, sans état d’âme, quiconque sera susceptible de lui donner des renseignements. La vie d’une enfant est en jeux et chaque minute compte. Que la petite soit ou non sa fille, Batman est prêt à jouer dur pour la retrouver.

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Dargaud (2017) Marini

Chose certaine, Marini connaît bien son Batman et l’on sent qu’il a fait ses devoirs. Le bédéiste confirme mes impressions lorsqu’il affirme dans le dossier de presse de Dargaud qu’avant de se lancer dans l’aventure, il a relu Moore, Miller, Loeb, Snyder et Capullo. Cet exercice permet à l’auteur de nous offrir un Batman sombre, torturé et brutal. Le Batman de Marini est comme je l’aime : plus intérieur, loin des gadgets, plus près du polar et de l’enquête. Le Joker est pour sa part dément et sanguinaire pour notre plus grand plaisir. Marini rend un scénario qui met l’accent sur la psychologie des personnages et des situations, jouant avec l’angoisse et l’inquiétude.

Même si j’ai vraiment apprécié cette bédé, même si j’ai aimé sa trame narrative et dramatique, je dois toutefois avouer que Marini ne bouleversera pas la « batmanographie » avec The Dark Prince Charming. A contrario, Marini en est conscient et il l’affirme explicitement, il ne tenait pas à refaire Dark Night Return de Miller. Il voulait seulement faire une bonne histoire de Batman. À mon avis, la grande lacune de cet album est que tout se déroule trop vite. En lisant la dernière case, j’ai eu l’impression d’être resté sur ma faim. L’ajout de dix ou quinze planches supplémentaires aurait pu être une décision judicieuse afin de permettre au lecteur de se sentir bien ancré dans le récit et attaché aux personnages. Une fois que cela est dit, je comprends que ce premier chapitre est une mise en bouche et je peux espérer un deuxième tome qui nous amènera plus loin dans l’intrigue et la psyché des protagonistes (je veux plus de Catwoman !). Croisons les doigts.

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Dargaud (2017) Marini

Quoi qu’il en soit, la petite révolution de ce Batman européen est graphique. Ses cases, son découpage et son trait assumé en font une œuvre foncièrement franco-belge. Les couleurs et les contrastes en quadrichromie sont magnifiques et représentent un intérêt capital. Marini réussit à s’approprier complètement le héros et son univers sans jamais les dénaturer. C’est pour cette raison que malgré ses défauts, Batman The Dark Prince Charming reste un incontournable dans la bédéthèque de tout admirateur francophone de l’homme chauve-souris. C’est aussi pour ce motif que j’attendrai impatiemment la suite à l’été 2018.

8/10

Batman The Dark prince charming T.1

Auteur : Enrico Marini

Éditeurs : Dargaud/DC comics (2017)

72 pages

 

 

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