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Par Dany Rousseau :

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Dargaud (2017) Montaigne

Marion Montaigne est une rare bédéiste se consacrant à la vulgarisation scientifique. Bien connue grâce à son blogue http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr, elle rend la science accessible, drôle et fascinante. Il y a quelques années, alors qu’elle songeait à faire un sujet sur l’espace, c’est en se présentant au Centre national d’étude spatial à Paris qu’elle est mise au courant, à sa grande surprise, que le héros de l’heure dans l’hexagone, le brillant, beau et dixième astronaute français de l’histoire Thomas Pesquet, lui avait écrit un commentaire sur son blogue deux ans auparavant et était resté sans réponse. La publication en question se foutait un peu de la gueule des astronautes et Pesquet avait trouvé la petite bédé très amusante et voulait en parler avec son auteure.

Afin de réparer sa boulette, Marion Montaigne ne fit ni une ni deux et écrivit à l’ancien pilote d’Air France qui attendait alors son ordre de mission pour partir sur la station spatiale internationale (ISS). La complicité se développa rapidement et l’auteure eut l’idée de raconter le parcours complet de l’astronaute, des épreuves de sélection jusqu’à l’après-mission. Pesquet embarqua avec enthousiasme dans le projet de Montaigne et lui permit de le suivre et de documenter tout son cheminement. Elle aura même la chance d’assister à son départ de Baïkonour au Kazakhstan le 17 novembre 2017 pour un séjour de six mois sur l’ISS. Dans la combi de Thomas Pesquet (Dargaud) est une mine d’information qui répond à nos interrogations sur la vie des astronautes avec humour et intelligence.

Thomas Pesquet fut choisi par l’Agence spatiale européenne parmi 8413 candidats. Après une sélection implacable et des tests psychotechniques hallucinants, on ne retiendra que six aspirants. Il est intéressant d’apprendre qu’en plus des compétences techniques et scientifiques sans failles des recrues, les agences spatiales recherchent des profils de personnalité spécifique, faisant preuve de grandes aptitudes sociales. Il sera en effet plus facile de passer plusieurs mois confiné dans un espace restreint avec une personne sympathique plutôt qu’en compagnie d’un être imbuvable au caractère de cochon. On évitera entre autres les gros égos ou les frondeurs un peu aventuriers, comme c’était les cas pour les astronautes des années 60.

La station étant internationale, elle profite de l’expertise et d’équipements divers provenant des agences spatiales américaines, canadienne, européenne, russe et japonaise. C’est par conséquent dans tous ces pays que les aspirants seront formés. Ils apprendront à opérer et réparer toutes les pièces les appareils présents sur l’ISS ; de la toilette américaine au bras canadien en passant par le bidule allemand. En voyageant sur la capsule Soyouz, la connaissance approfondie du russe sera nécessaire en plus des notions de médecines, de mécanique, d’informatique, de plomberie, de système électrique. En lisant Dans la combi de Thomas Pesquet, nous ne pouvons qu’admirer ces personnages d’exceptions et en être un peu jaloux. C’est pour cette raison que Montaigne voulait traiter son sujet avec humour et ramener ces « modèles humains sans faille » sur le plancher des vaches. Pesquet s’avérant être un travailleur infatigable, mais aussi un grand déconneur qui ne se prend pas au sérieux. Il rapportera à la bédéiste une masse d’anecdote et d’observation loufoque qui l’inspireront pour son traitement scénaristique. Prenons par exemple ce moment où l’auteure souligne que malgré la volonté profonde de transmettre leur amour de la science et du vide astral, les astronautes dans leur nombreuse opération de communications sont constamment interrogés sur les toilettes dans l’espace. À ce chapitre, Montaigne en profitera pour nous raconter la fois où Pesquet et l’un de ses collègues italiens ont eu un cours inoubliable, donné par un expert de la chose fécale de la NASA, sur l’utilisation des w.c. à 400 km du sol en impesanteur (ne pas confondre avec apesanteur, la différence y est bien sûr expliquée avec brio en page 136). Nous nous amusons aussi de constater que les fiers astronautes sont moins souvent en sortie héroïque dans l’espace qu’en t-shirt et chaussette à faire des expériences de science fondamentale. Je citerai pour terminer une autre anecdote hilarante où Pesquet, quelques minutes après son atterrissage, se réadaptant difficilement à la gravité, combat avec grand effort une envie de vomir irrépressible, alors que le président Macron le félicite au téléphone au nom de la République.

Il n’est pas évident de résumer davantage cette œuvre brillante tant les thèmes abordés sont nombreux et pertinents. Marion Montaigne a le don de croquer des détails qui peuvent paraître insignifiants et en faire d’excellents gags ou des exposés scientifiques passionnants ayant pour but entre autres d’expliquer pourquoi les décollages des fusées se produisent toujours près de l’équateur ou pourquoi l’oxygène doit être pur à 100 % dans les scaphandres spatiaux. Dans la combi de Thomas Pesquet se dévore avidement avec sourire, curiosité et l’impression que l’on dormira moins con la nuit prochaine. Un incontournable.

9.5/10

Dans la combi de Thomas Pesquet

Auteur : Marion Montaigne scénario et dessins

Éditeur : Dargaud (2017)

205 pages

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