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Dargaud (2018) Mikaël

Par Dany Rousseau :

J’adore les diptyques qui se terminent rapidement et je crois sincèrement que les efforts des éditeurs et des auteurs qui respectent assez leurs lecteurs pour ne pas les faire poireauter durant des années avant de conclure une histoire doivent être soulignés. Pour les deux volets de Giant (Dargaud), réalisés par le bédéiste français et Québécois d’adoption Mikaël, nous n’aurons patienté qu’un peu plus de six mois afin de pouvoir lire la suite des aventures de son doux géant irlandais, ouvrier riveteur sur les poutres métalliques du Rockefeller Center en construction.

Si je résume sommairement le tome précédent, Giant était chargé d’annoncer la mort de Murphy, l’un de ses collègues, à sa veuve Mary-Ann restée en Irlande. N’ayant pas eu le courage d’accomplir sa tâche, le taiseux et secret Giant décide plutôt d’entreprendre un échange épistolaire avec la femme de Murphy en se faisant passer pour l’époux en exil. Envoyant à la veuve une somme d’argent avec chacune de ses lettres, le colosse ne réalise pas immédiatement qu’il pratique alors un jeu dangereux. En effet, Mary-Ann est touchée par la prose de son homme dont elle ignorait les talents d’écrivains. À travers ses missives, elle le trouve plus aimant et attentionné. Emballée par ce nouveau Murphy, elle décide de réunir sa famille sous un même toit, quitter l’Irlande et le rejoindre à New York avec ses trois enfants.

Dans ce deuxième et dernier tome, Giant récupère de la raclée qu’il a reçue de la part des Italiens avec qui il avait eu maille à partir. Imaginant qu’il cache un petit magot, sa voisine, l’actrice ratée, s’occupe de lui pendant sa convalescence et intercepte la lettre de Mary-Ann qui annonce son arrivée. Ignorant ce qui va lui tomber sur la tronche, Giant se remet sur pied et « La Diva » le quitte de façon fracassante en réalisant qu’il est fauché. Alors qu’il retourne au chantier, on en apprend un peu plus sur le géant qui s’appelle en vérité Jack Jordan. Membre de l’IRA, mêlé à plusieurs coups de force durant la lutte pour l’indépendance, il quitte la verte Erin lors la guerre civile qui succède à la libération gardant un au fond de lui une vive blessure. Le lecteur saisit alors davantage le personnage et en apprécie la profondeur. Durant ce temps, la petite famille Murphy patiente en quarantaine à Ellis Island où Mary-Ann espère quitter l’île le plus tôt possible et débarquer en ville chez son mari. L’heure de la vérité n’a pas encore sonné, mais elle va venir.

Ce point final à l’histoire du Giant continu dans la même veine que le volet précédent. En plus d’un bon récit, Mikaël nous offre une chronique new-yorkaise en temps de crise. La narration de l’animateur vedette des années 30, Walter Winchell, ainsi que diverses interventions de personnages secondaires nous situent toujours dans le temps en nous donnant des informations intéressantes concernant le contexte social et économique de cette période trouble. Il est amusant d’apprendre qu’entre autres l’Empire State Building inauguré en 1931 est presque vide à l’époque de Giant (fin des années 30). La crise a ralenti la location des bureaux disponibles et ce phénomène vaut au gratte-ciel emblématique de la Grosse Pomme le surnom de « Empty State Building ». Un clin d’œil est aussi fait aux Mohawks de Kanesatake qui sont réputés être d’excellent ouvrier riveteur. Leurs capacités génétiques qui leur permettraient d’ignorer le sentiment de vertige en font l’élite de ce métier à haut risque.

Giant tome 2 conclut habilement l’histoire entamée cet été. Tous les fils sont noués grâce au grand talent de scénariste de Mikaël. Son dessin en teinte sépia qui donne un grain suranné aux illustrations trouve toute sa force dans ses paysages urbains qui rappellent agréablement les albums de photos anciennes. Un bon diptyque que l’on apprécie avec le cœur, la tête et les yeux.

8/10

Giant; t.2

Auteur : Mikaël (scénario et dessins)

Éditeur : Dargaud (2018)

56 pages

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