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Par Dany Rousseau :

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Glénat (2017) Le Boucher

Comme tout lecteur, j’adore être surpris par des offres inattendues. J’aime ce genre de bédé que l’on n’a pas vu venir et qui débarque sur notre table de lecture sans vraiment avoir été invitée. L’excitation est encore plus grande, quand cette dernière est accompagnée d’une prémisse géniale à laquelle on veut adhérer. C’est un peu le phénomène qui s’est produit à ma lecture de Ces jours qui disparaissent (Glénat) du jeune bédéiste Timothé Le Boucher. Ce scénario audacieux raconte l’histoire de Lubin, un acrobate talentueux faisant partie d’une petite troupe de cirque. Le destin du jeune sera toutefois bouleversé lors d’une chute en apparence anodine, mais qui aura des conséquences terrifiantes. Après une bonne nuit de sommeil, Lubin se réveillera le lundi matin, lendemain de son accident, pour se rendre au boulot. Cependant, tout se compliquera quand son collègue et ami Léandre lui annoncera que nous sommes mardi et non pas lundi comme Lubin le croyait. Il apprendra du coup que la veille, il n’est pas venu travailler et personne ne l’a aperçu. Le jeune homme bouleversé, n’ayant pas de souvenirs du jour d’avant, présumera qu’il a dormi tout ce temps. Néanmoins, la situation deviendra vraiment inquiétante lorsqu’il réalisera qu’en fait, il ne vit plus qu’un jour sur deux et que le jour où il avait cru roupiller, il s’est levé et à passer la journée il ne sait où.

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Glénat (2017) Le Boucher

Lubin découvre qu’il vit une existence parallèle dont il ignore tout. Un autre être partage son corps en alternance. Sous l’insistance de sa copine Gabrielle, Lubin et son double entreprendront une thérapie avec une psychiatre qui leur conseillera de débuter une correspondance vidéo afin de mieux se connaitre et d’essayer de comprendre ce qui ne va pas. Le deuxième Lubin, plus sérieux, plus organisé, plus rationnel, prendra plus de place et aspirera à plus d’indépendance. Alors que l’acrobate s’astreint à un régime végétarien et à un entraînement physique exigeant, l’autre mange n’importe quoi et ne fait pas d’exercice, trop occupé par la petite société de design web qu’il a mis sur pied. Pour se venger, Lubin prend de solides cuites pour donner la gueule de bois à son autre et mettre le bordel dans son appartement pour l’agacer.

Si ces petits embêtements sont de bonne guerre, la situation devient plus inquiétante lorsque l’artiste constate au cours du récit que ses jours d’éveil sont moins fréquents. Il réalise que l’alternance d’un jour sur deux n’est pas une règle inaliénable et qu’elle semble répondre à une logique étrange. Tourmenté, il se demande s’il ne viendra pas à disparaître complètement de sa vie.

Le scénario de Le Boucher est brillant et fait preuve d’une belle originalité. Dès les premières cases, nous sommes littéralement accrochés, happés par son intrigue bien construite. Imaginer que quelqu’un d’autre, une part inconnue de nous-mêmes, peut amalgamer qui nous croyons être, est une idée hautement anxiogène. On en arrive à se demander qui est le vrai Lubin. Les thèmes de la personnalité multiple, de la fragilité de la vie, de la dualité de l’éternel combat intérieur entre nos côtés artistiques et rationnels sont ici admirablement bien exploités.

Ces jours qui disparaissent est une bédé étonnante et Le Boucher avec son trait épuré qui rappelle le manga nous offre simplement une histoire bien racontée que l’on dévore.

8/10

Ces jours qui disparaissent 

Auteur : Timothé Le Boucher (dessins et scénario)

Éditeur : Glénat (2017)

192 pages

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