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Par Dany Rousseau :

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Futuropolis (2018) Maël/Kris

Lorsqu’en 1910, une élection — encore truquée — mit au pouvoir le vieux général Porfirio Diaz qui écrasait le Mexique sous sa botte depuis 1876, le peuple décida de relever la tête et d’en finir avec l’autoritarisme militaire. Sous l’appel aux armes de Francisco I Madero le 20 novembre, la révolution devait enflammer le pays et donner aux pueblos, ouvriers et paysans, les rênes de leur destin. Même si les choses ne se passèrent pas exactement comme Madero l’avait prévu, le résultat en fut tout de même heureux. Le général Diaz parti en exil vers la France et celui que l’on dénommait « l’apôtre de la révolution » prit le pouvoir dans l’honneur et l’enthousiasme. Après une courte période d’euphorie et de réformes majeures, comme il arrive si souvent, les dissensions éclatèrent entre les anciens révolutionnaires. Les idées divergèrent et les moyens pour les imposer se radicalisèrent. Sans surprise, au final, Madero fut victime d’un coup d’État et assassiné le 21 février 1913. Dès lors, le pays entre de plain-pied dans une ère d’instabilité, de putschs et d’affrontements armés entre factions adverses. La belle et grande révolution se transformera en guerre civile et cette calamité saignera la nation jusqu’en 1920.

C’est donc dans ce sombre contexte que débarquent Max et Julien un peu comme deux chiens dans un jeu de quilles. Souvenez-vous que dans le premier volet de Notre Amérique, lorsqu’ils arraisonnèrent un cargo dans le port de Rouen, le Mexique n’était pas à l’agenda de nos deux révolutionnaires. Les cales pleines d’armes, le « Libertad » devait être détourné vers Hambourg où la révolte grondait. Cependant, les anarchistes européens virent leur cargaison redétourner par Tina la passionaria mexicaine et sa bande de guérilleros.  Dans Notre Amérique (deuxième époque : Le printemps mexicain) publié chez Futuropolis, le Français et l’Alsacien tout juste sortis de leur propre guerre, joignent celle de Tina et ses compañeros. À peine débarqués du « Libertad », les rebelles font face à une attaque de l’armée. Terrés derrière ce qui peut les abriter des balles gouvernementales, les hommes de Tina ne peuvent pas bouger, ni décharger les armes du cargo tant que personne n’aura fait taire le nid de mitrailleuses qui tient tout le monde en respect. Grisé par l’odeur de la poudre, Max entrainera Julien le photographe dans un coup de force désespéré. Les deux ex-soldats contourneront la troupe et neutraliseront la Gatling à coup de grenades. Dès lors, ils deviennent les héros du jour et l’euphorie s’empare du champ de bataille. C’est précisément à ce moment que l’intrigant colonel Craven sort de la poussière du combat sur son fier destrier. Originaire de la mer Baltique, Craven offre ses services aux paysans révoltés de Tina et entretiens avec cette dernière des rapports troubles autant sentimentaux qu’idéologiques.

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Futuropolis (2018) Maël/Kris

Ce deuxième volet de Notre Amérique approfondit et met de la chair autour de ses personnages principaux : Tina, Julien et Max. Nous commençons à saisir leur motivation et ce qui les fait avancer dans cette histoire. Du même coup, l’intrigue de Kris s’ébauche et pose ses bases sur des assises solides qui s’avèrent prometteuses. Le grand talent du scénariste lui permet de prendre des risques et d’éviter de perdre le lecteur alors qu’à un moment donné l’histoire bifurque sans prévenir et nous débarque à une autre époque. Nous nous retrouvons dans les années 40 ou 50, sur un plateau de tournage où une équipe réalise un film inspiré des mémoires d’un de nos révolutionnaires dissimulés derrière le pseudonyme de J. Torsvan. C’est alors que la fille d’un protagoniste — dont je vous épargne l’identité ici — surgit à l’improviste sur les lieux afin d’obtenir des réponses à ses questions.

Dans ce printemps mexicain, nous sommes dans le deuxième tome d’une série de quatre. Même si nous détenons quelques indices intéressants, les buts de l’aventure ne sont pas encore déterminés et nous ne savons pas où nous aboutirons. Si la lecture de ce deuxième mouvement ne nous excite pas au plus haut point, je crois toutefois que l’arrivée à bon port est presque certaine, vu la qualité du duo qui dirige cette barque. De plus, le dessin de Maël, qui rappelle ici beaucoup Herman, peut nous aider à patienter, le temps que le scénario prenne vraiment son envol. En bref, on tient bon et on attend un troisième mouvement qu’on espère prometteur.

7/10

Notre Amérique (deuxième mouvement : Un printemps mexicain)

Auteur : Kris(scénario) Maël (dessins)

Éditeur : Futuropolis (2018)

58 pages

 

 

 

 

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