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Par Dany Rousseau :

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Dargaud (2018) Zidrou/Lafebre

Si l’été 2018 fut chaud et ensoleillé autant en Amérique du Nord qu’en Europe, je vous propose ici de le prolonger avec deux bédés dont le décor est estival et les ambiances vacancières. Les beaux étés; Le repos du guerrier est la suite de la série nous racontant maintenant depuis quatre ans, les vacances des Faldérault, une famille belge composée de trois filles et un garçon. Si nous avons suivi les aventures du clan lors des étés 1962, 1969 et 1973, c’est maintenant en 1980 que nous ramènent le scénariste Zidrou et son compère illustrateur Jordi Lafebre. Le quatrième opus débute encore une fois, comme dans les autres volets, la veille du départ, alors que Pierre doit remettre les planches de son dernier album à son éditeur avant de prendre la route. Si les années précédentes le bédéiste était toujours en retard dans la livraison de son travail, en 1980, l’artiste est en avance !

Toute la famille partira donc ensemble dans la vieille Renault 4l, sauf Jean-Manu, l’inséparable fiancé de Nicole, qui doit prendre le train seul pour le Sud. De plus, cette année, grande nouveauté, les Fadlérault ne feront pas de camping. Pierre et Madeleine ont acheté sur plan une villa en Dordogne avec cuisine moderne, piscine et BBQ en pierre du pays. Les quatre enfants sont emballés et trépignent en songeant aux vacances de grands luxes qui s’annoncent. Vous l’aurez sans doute compris, rien ne se déroulera comme prévu et la villa baptisée par Pierre, le « Repos du guerrier », ne tiendra peut-être pas ses promesses de luxe, de calme et de volupté.

Encore une fois, la recette des Beaux étés fonctionne. La série sans prétention de Zidrou et Lafebre joue sur l’humour bon enfant, la nostalgie, la musique de l’époque et les moments en famille. Les dessins sont toujours aussi lumineux et réchauffent notre œil attendri devant cette bédé-bonheur. Par contre, j’aimerais dire aux auteurs de se méfier d’eux même. Ce chapitre flirte parfois dangereusement avec le cul-cul et le bon sentiment, zone glissante dont s’étaient tenu loin les trois tomes précédents. Il faut être vigilant. Ce serait dommage de gâcher de si beaux étés.

7.5/10

Les beaux étés ; t.4 Le Repos du guerrier.

Auteurs : Zidrou (scénario) Jordi Lafebre (dessin)

Éditeur : Dargaud (2018)

50 pages.

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Rue de Sèvres (2018) Trondheim/Chevillard

 Comme deuxième ouvrage estival, nous changeons complètement de registre. De la légèreté au sourire en coin, nous passons au questionnement philosophique et au choc psychologique. Dans Je vais rester (Rue de Sèvres), Lewis Trondheim nous offre un scénario puissant, illustré magnifiquement par Hubert Chevillard.

L’histoire débute alors que Roland et Fabienne Maturet débarquent à Palavas-les-flots, une petite bourgade de villégiature en bord de mer près de Montpellier. Alors que l’appartement réservé par le couple n’est pas encore prêt, les vacanciers décident d’aller se balader sur le rivage pour tuer le temps. La journée est très venteuse. La plage est balayée par de fortes bourrasques. Au moment où Fabienne voit le parasol d’un touriste se retourner, elle jette un coup d’œil complice à Roland qu’elle tient par la main. Roland ne pourra lui renvoyer son regard amoureux parce qu’il vient tout juste de perdre la tête, décapité par une enseigne publicitaire en tôle. Fabienne est tétanisée. Elle tient toujours la main de son époux qui s’écroule sans tête, devant les regards des touristes horrifiés. Quelques minutes plus tard, après que la police ait pris les dépositions des témoins et de Fabienne, un agent lui explique avec diplomatie les démarches administratives à prendre. Alors qu’elle semble complètement absente, le téléphone de son conjoint sonne. Elle répond. La mère de Roland veut savoir s’ils sont bien arrivés à destination. Fabienne la rassure en lui disant que tout va bien et qu’il fait un temps magnifique. En raccrochant, elle se dirige vers sa location bien décidée à rester à Palavas quoiqu’il advienne. Durant toute la semaine, elle suivra le programme d’activités que son époux avait préparé avec minutie et noté dans son agenda.

Le lecteur de ce roman graphique est aux prises avec plusieurs sentiments contradictoires. Il ne sait où se situer face à cette femme qui vient de vivre un drame horrible, mais qui tient à continuer étrangement ses vacances coûte que coûte, en respectant la planification serrée du défunt. Entre les sorties prévues : village des vignerons 9 h – démonstration de danse country sur l’esplanade 15 h – bal musette 19 h — Fabienne s’assoie aux terrasses du front de mer où elle observe les touristes souriants et la vie qui s’égrène lentement comme si de rien n’était. Est-ce le choc qui la fait agir ainsi, le dénie, la peine, la résistance ou simplement l’indifférence ? Il n’y a pas de bonnes réponses. De plus, nous avons peu d’informations sur leur vie d’avant, sauf qu’ils habitent Châteauroux dans le centre de la France et que Fabienne ne souhaitait pas venir à Palavas. Elle avait accepté pour faire plaisir à Roland qui y avait passé ses étés d’enfances.

Avec un découpage aéré qui inclut de nombreuses cases muettes laissant parler les images semi-impressionnistes de Chevillard, ce récit malgré le drame qu’il rapporte, se déroule lentement, avec douceur. Nous n’avons pas envie de juger Fabienne. Nous n’avons qu’envie de nous laisser habiter par son histoire et de l’observer avancer dans cette situation étrange. Avec cette bande dessinée qui nous questionne intelligemment sur la disparition, le sens de la vie et sa fragilité, Trondheim nous démontre encore qu’il est un grand de la bédé contemporaine, qu’il peut toujours nous surprendre en passant avec une grande aisance, selon ses publications, de la grosse farce au récit sensible et profond.

8.5/10

Je vais rester

Auteurs : Lewis Trondheim (scénario) Hubert Chevillard (dessins)

Éditeur : Rue de Sèvres (2018)

126 pages   

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