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Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB : Après guerre

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Casterman (2018) Tardi

Par Dany Rousseau :

Jacques Tardi conclut la guerre de son père avec le troisième volet de sa trilogie Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB (Casterman). Si dans les précédents chapitres nous avions suivi la courte guerre de Tardi père, ses années d’internement en Poméranie et son retour en France, dans ce troisième volet nous regardons l’homme tentant de s’adapter à un pays de nouveau en paix. René retrouve sa femme « Zette » à Valance où le couple donne naissance à leur fils unique Jacques. Même si René est heureux d’être à nouveau libre, la guerre l’a changé. Il est plus colérique et aligne les grossièretés au même rythme qu’un nid de mitrailleuses. Notons que cette génération de soldats vaincus fait face presque quotidiennement au mépris de leurs concitoyens qui leur reprochent à mots couverts ou directement leur statut de perdants — ce qui n’est rien pour améliorer l’humeur.

Dans la première partie de l’album, nous écoutons encore René nous raconter sa vie, la France d’après-guerre, les rationnements qui n’en finissent plus, la reconstruction et les anecdotes familiales. Encore une fois, le petit Jacques suit partout son père tout au long de son voyage, profitant de sa situation de co-narateur pour passer des commentaires acides, poser des questions ou pour donner des précisions. René, devenu profondément antimilitariste, renouvellera tout de même son engagement ne trouvant pas de boulot dans le civil. Sa carrière de soldat par défaut l’amènera même à retourner en Allemagne, mais cette fois comme occupant.

En deuxième partie, après sa naissance et lorsqu’il atteindra l’âge où il peut nous raconter ses propres pensées, c’est Jacques lui-même qui se met en scène. Quittant son rôle d’observateur il nous confie ses souvenirs d’enfance avec toujours cette petite pointe d’impertinence. À travers son regard allumé, nous découvrons l’occupation française en Allemagne qu’il s’amuse à ridiculiser. La France possédant une armée de vaincus — vainqueurs de la dernière heure — ne sera jamais prise au sérieux par les occupées. Leur présence en Allemagne n’aura été qu’une concession obtenue à l’arraché par De Gaulle avec l’aide de Churchill. On découvre aussi l’origine de la passion de Tardi pour la Grande Guerre qu’il dessinera durant plus de 40 ans. Tout lui viendra de son long séjour passé chez ses grands-parents où sa grand-mère racontera au petit Jacques de 7 ans les horreurs de guerre que son grand-père a vécue. L’auteur en fera des cauchemars durant plusieurs années.

Récit encore dense, cette grande œuvre de Tardi nous divertit autant qu’elle nous instruit. Il traite avec délicatesse des crimes de guerre des nazis et des miliciens français sur le territoire national, des pendaisons de Tulle à l’annihilation d’Oradour. En même temps, il s’applique à dénoncer ces « résistants » d’après-guerre qui humilieront 20 000 femmes sur les places publiques de France en les tondant pour les punir de « collaboration horizontale ». L’auteur nous rappelle avec son humour noir légendaire que pour ces braves, c’était moins risqué de raser de pauvres filles que d’avoir attaqué une Kommandantur durant l’occupation.

Ce troisième tome est une conclusion heureuse à une saga que nous avons appréciée. Jacques Tardi est toujours incisif comme on l’aime et encore pertinent lorsqu’il nous raconte la guerre. Il est intéressant que dans ce récit plus intimiste, il nous entretienne pour la première fois de ses influences artistiques et même de quelques blessures laissée par une mère qui lui reprochera sa naissance à cause de ses problèmes de santé qui s’ensuivirent. En bref, c’est du bon Tardi qui termine sa « trilogie du père » avec brio.

8.5/10

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB : Après guerre

Auteur : Jacques Tardi (dessins et scénario)

Éditeur : Casterman (2018)

162 pages

 

Calfboy :

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La Pastèques (2018) Farnos

Chris Birden est un cow-boy hors la loi comme les autres. Comme les autres, il boit du whisky dans les saloons. Comme les autres, il parcourt le Far West colt au poing. Comme les autres, il vole des chevaux et attaque des diligences. Toutefois, dès les premières cases de Calfboy (La Pastèque) de Rémy Farnos, nous découvrons que Chris Birden possède un immense talent pour se mettre les pieds dans les plats. Alors qu’il se réveille avec une gueule de bois d’enfer, Chris Birden a peu de souvenirs de la veille. Toutefois, après quelques efforts, il réussit à se rappeler vaguement qu’il a caché le butin de son dernier braquage alors qu’il était complètement saoul et qu’il ne se souvient plus où il a enterré le magot. Son frère — son associé dans cette affaire — est bien entendu hors de lui et l’engueule vertement. Pour le calmer, Chris promet à son frangin qu’il retrouvera l’argent d’ici trois jours. La tâche qui s’annonçait toutefois facile s’avèrera plus délicate que prévu. La rencontre d’un orphelin chasseur de prime, recherchant l’assassin de sa famille, compliquera un peu les choses. Comme si ce n’était pas assez, Chris Birden verra ses recherches perturbées par une voleuse de chevaux, une bande de brigands et une tribu indienne agressive.

Calfboy est un album réjouissant, rempli de bonnes idées graphiques. Plusieurs planches divisées en gaufrier illustrent en pleines pages des scènes dynamiques où l’on voit les protagonistes évoluer dans le décor afin de créer une impression de mouvements. Le dessin simple et l’humour brillant de Farnos me rappellent l’univers de Tom Gauld. Les dialogues savoureux rythment ce « road trip » à cheval complètement décalé et mené à un train d’enfer.

9/10

Calfboy

Auteur : Rémi Farnos (dessins et scénario)

Éditeur : La Pastèque (2018)

104 pages

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