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La véritable histoire vraie d’Adolf Hitler

Dupuis (2019) Swysen/Ptiluc

Par Dany Rousseau :

Lorsque l’on désire traiter du nazisme, de la Shoah ou d’Adolf Hitler hors des sentiers balisés par la science historique, l’exercice s’avère toujours périlleux. Imaginez un récit qui aborde le sujet d’un point de vue humoristique, en bande dessinée, avec des protagonistes incarnés par des animaux… On peut alors parler de véritable mission suicide. On sait tous que la comparaison avec le chef-d’œuvre qu’est Maus de Speigelman planera au-dessus de la tête de tous ceux qui oseraient s’aventurer sur cette route truffée de pièges.

C’est pourtant le risque qu’a pris le scénariste Bernard Swysen lorsqu’il a décidé d’inclure dans le cadre de sa série La véritable histoire vrai… (Dupuis) consacrée aux montres historiques, une biographie d’Hitler. S’il était facile d’utiliser l’humour pour raconter l’histoire du sanguinaire empereur romain Caligula ou encore celle du comte Dracula, l’empaleur d’infidèles, pour le cas d’Adolf, la tâche s’avèrerait plus délicate. Le danger était bien entendu de rendre le monstre drôle ou sympathique et de banaliser le mal.

Heureusement, ici, l’album de Swysen est une belle réussite. Son rat hitlérien, hystérique, légèrement ridicule, ne fait jamais sombrer la biographie du côté de la farce grotesque tout en nous permettant de garder une saine distance avec le führer. Les nombreux clins d’œil à l’univers de la bédé et à l’Histoire en général sont brillants. J’ai ri franchement à plusieurs gags. On ne se lasse pas du trio grand-guignolesque de Goebbels, Himmler et Göring qui suivent comme leur ombre leur chef en enfilant les gaffes et commentaires hilarants. Du même coup, j’ai été aussi ému lors des passages évoquant les camps de la mort. Ptiluc illustre sobrement ces pages funestes de l’histoire de l’humanité en dessinant en souris de Speigelman, les juifs derrière les barbelés. Ce passage est teinté de respect et de compassion pour les victimes et pour le lecteur qui revisitent cette horreur absolue à travers les yeux de Kurt Gerstein, cet officier SS bouleversé par les crimes que commentait son camp et qui tentera par tous les moyens de prévenir le monde de l’inconcevable mal qui se tramait. Malgré ses démarches jusqu’à Rome, rien ne bougera et la machine monstrueuse continuera à broyer l’humanité. Gerstein, incarcéré en 1945 lorsque l’on découvrira ses démarches, se pendra dans sa cellule.

Ce qui est dans l’ensemble admirable chez Swysen, c’est que l’humour, déjanté, ne cède jamais la place au manque de rigueur historique. Sauf à une exception près : la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie ne furent pas annexées par les Allemands comme la Tchécoslovaquie, mais furent bien des alliés de l’Axe. Malgré ma grande connaissance de la période et du sujet, je dois avouer que j’en ai appris sur la jeunesse du dictateur fou. Swysen consacre plusieurs pages à cette période afin de permettre à son lecteur de comprendre un peu plus l’origine du mal.

 

La véritable histoire vraie d’Adolf Hitler est une bande dessinée dense et rigoureuse qui possède toutefois les défauts de ses qualités. C’est-à-dire, que de raconter l’histoire du petit caporal autrichien avec un tel sérieux, Swysen et Ptiluc auraient peut-être eu avantage à nous présenter l’œuvre sur plus de 109 pages. Le lecteur se retrouve souvent essoufflé par tant d’information qui suinte à chaque case. J’ai peu parlé du dessin, mais je dois affirmer ici que Ptiluc joue habilement avec le monde anthropomorphique qu’il a créé. Subtil, il ne s’enferme pas dans la catégorisation des races. L’ours peut être autant SS que Juifs. Cette idée simple est brillante et prouve encore la délicatesse avec laquelle le sujet est traité.

8.5/10

La véritable histoire vrai d’Hitler

Auteurs: Swysen (scénario) Ptiluc (dessins)

Éditeur: Dupuis (2019) 

120 pages

 

Retour à la terre, tome 6 : Les métamorphoses

Dargaud (2019) Ferri/Larcenet

On ne l’avait pas vu venir, mais il est là, à notre plus grand plaisir. Après 10 ans, le sixième tome du Retour à la terre (Dargaud) de Ferri et Larcenet nous tombe dessus en cet été 2019. Si une décennie s’est écoulée dans notre monde, seulement trois années sont passées aux Ravanelles. Monsieur Henri s’est cassé le fémur et Loupiot l’épicier à eu des cataractes. Manu termine sont travail sur Plast et Ferri est devenu presque injoignable, parce que vous savez…. il est maintenant scénariste d’Astérix. Et aussi j’oubliais, petit détail, Mariette est enceinte d’un nouvel enfant et Manu ne l’a pas encore remarqué après sept mois, trop absorbé selon ses dires par l’ambiance sombre de son magistral Plast.

Le Retour à la terre, c’est un mélange entre une mise en abîme réjouissante de la vraie vie des auteurs et avec une chronique douce de la vie à la campagne de Manu Larcinet, Mariette, Pupuce et les chats. Retour à la terre, c’est aussi tout à la fois drôle, touchant et souvent émouvant. Dans ce chapitre, le déni de Manu sur la deuxième grossesse de Mariette en dit long sur son malaise avec sa paternité, intimement lié aux blessures qu’il porte à propos de l’abandon de son propre père. Même s’il tente de faire croire à Mariette que son attitude est liée à la conclusion de son tourmenté Plast, Mariette n’est pas dupe.

Retour à la terre est une œuvre sans prétention qui représente un terrain de jeu pour Ferri et Larcenet qui semble franchement s’y éclater. Aux Ravanelle, ils sont tout aussi heureux de se retrouver que de redonner vie à leurs personnages colorés. J’ai l’impression que Retour à la terre est une série qui leur sert de lieu de ressourcement en banlieue de leurs projets respectifs. Bref une belle œuvre que nous sommes nous aussi très contents de retrouver, qui n’a rien perdu de son charme.

9/10

Retour à la terre: Les métamorphoses t. 6

Auteurs: Jean-Yves Ferri (scénario) Manu Larcenet (Dessin)

Éditeur: Dargaud (2019)

48 pages